«C'est un bon communicateur, mais il a de l'ouvrage, ça va être difficile.» Professeur de science politique à l'Université Laval, Réjean Pelletier croit que Gérard Deltell devra rapidement trouver un moyen de rallier les militants derrière lui. Mais le nouveau chef devra avant tout situer clairement le parti sur l'axe gauche-droite, ce qui n'a encore jamais été fait. «Les adéquistes ne savent toujours pas trop où ils se situent entre le centre-droit et la droite plus nette, ni où ils s'en vont. Au départ, le parti était plus clairement à droite, mais Dumont avait reculé sur les bons d'éducation et le taux d'imposition unique par exemple. L'ADQ a toujours le même problème : on ne connaît pas son vrai visage.»
Deltell est-il l'homme pour relancer l'ADQ? L'ancien journaliste se définit lui-même comme un politicien de centre-droit, rappelle M. Pelletier. «Or, le centre-droit est déjà occupé par les libéraux. La position normale de l'ADQ serait d'être plus à droite que les libéraux.»
Les positions plus modérées de Deltell rendront aussi le retour au bercail d'Éric Caire plus difficile, poursuit M. Pelletier.
Pour Jean-Hermann Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke, l'ADQ «est aux soins intensifs», mais rien n'est perdu. «Deltell a un très gros défi. Ça va prendre de l'audace. Il devra prouver qu'il peut redéfinir l'ADQ, que ce n'est plus le parti de Mario Dumont.»
À court terme, le nouveau chef doit ramener l'harmonie dans un parti qui se déchire sur la place publique depuis des semaines, continue M. Guay, qui est également d'avis que l'ADQ doit simplifier son message si elle veut redevenir une force politique. «Les adéquistes ont joué sur tellement de tableaux que le message n'a pas été clair. Ils ont mal ciblé leur discours. Il leur faut un message plus simple sans être trop à droite.»
Dans l'analyse de Frédéric Boily, professeur de science politique à l'Université de l'Alberta et auteur du livre Mario Dumont et l'Action démocratique du Québec : entre populisme et démocratie, les cafouillages de l'ADQ depuis le départ de Mario Dumont ne doivent pas faire oublier que la droite a encore ses ancrages au Québec. Et que si l'ADQ disparaissait, un nouveau parti de droite pourrait bien émerger. «Il y a un vieux fond conservateur au Québec, qui représente entre 20 et 25 % des électeurs. Il y a donc une possibilité pour le parti de reprendre pied, mais ça va être extrêmement difficile.»
Les adéquistes ont tout intérêt à faire preuve de patience envers celui qui vient d'être propulsé sans débat à la tête du parti. «Deltell est un bon coup, mais tout chef a besoin de temps. Dans une course à la chefferie, il aurait pu peaufiner ses idées. Sa première tâche sera de ramener Éric Caire. S'il ne réussit pas, ce sera extrêmement difficile pour lui.»












