Le président de l'Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), Jean-Guy Dagenais, qui représente plus d'un tiers des policiers québécois, a l'intention cette semaine d'envoyer une lettre à ce propos au ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, et à la ministre de la Justice, Kathleen Weil.
En entrevue exclusive au Soleil, M. Dagenais a expliqué que même si le gouvernement a ajouté des effectifs dans l'opération Marteau pour enquêter sur les allégations d'actes criminels dans le secteur de la construction, il faudra davantage que des arrestations pour que le public soit éclairé sur la corruption et que la surveillance des appels d'offres soit resserrée.
«Ce n'est pas parce qu'il va y avoir des enquêtes policières, qui vont finir j'imagine par accuser ou identifier des gens et les mener en justice, que ça va faire changer les façons de faire, explique-t-il. Ce n'est pas la police qui, demain matin, avec des arrestations, va modifier les façons d'attribuer les contrats.»
Les nombreux scandales portant sur la collusion entre l'industrie de la construction et le monde municipal, auxquels se sont ajoutées la semaine dernière les révélations du vérificateur général sur le piétinement des règles d'octroi de contrats au ministère des Transports, ont convaincu les policiers syndiqués de la SQ d'unir leur voix à ceux qui réclament une commission d'enquête publique, explique Jean-Guy Dagenais. La semaine dernière, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, a lui aussi réclamé une enquête publique sur les nombreuses allégations de malversations qui entourent le monde de la construction.
Attendre les conclusions
Malgré la pression du Parti québécois et de l'ADQ, le gouvernement Charest refuse toujours de créer une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction, soutenant qu'il ne veut pas interférer avec les enquêtes policières déjà en cours, dont il attend les conclusions pour se prononcer.
Le syndicat des policiers de la SQ estime que la création d'une commission d'enquête publique n'empêcherait pas les policiers de faire leur travail, mais permettrait d'aller plus loin que les enquêtes policières. «Une enquête publique va au-delà de ça. Il y a des gens qui peuvent être appelés à témoigner. Et si ça devient public, ça ne sera pas confiné dans une salle de cour, explique M. Dagenais. On ne comprend pas la résistance du gouvernement.»
En octobre, le ministre Jacques Dupuis a lancé l'opération Marteau, qui a permis à la Sûreté du Québec d'ajouter 24 policiers et 14?employés civils spécialisés aux 20 personnes de l'équipe mixte sur la malversation mise en place le 13?septembre. L'Association des policiers provinciaux du Québec avait alors salué l'annonce du gouvernement. Mais si le gouvernement ne se décide pas à lancer une commission d'enquête, souligne Jean-Guy Dagenais, «on ne règle qu'une partie du problème».












