C'est ce que se demande le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) après avoir épluché les contrats attribués par le ministère des Transports pour des services allant de la conception de plans et devis jusqu'à la surveillance de chantiers par les firmes de génie-conseil. Cette surveillance vise à s'assurer de la qualité des travaux, à vérifier que leur exécution respecte les normes en vigueur.
Selon un vaste dossier de recherche monté par le SFPQ et obtenu par Le Soleil, «80?% des contrats ayant fait l'objet d'un appel d'offres ou d'une soumission publique dans le domaine des services professionnels sont adjugés au montant estimé par le ministère des Transports» (MTQ).
Ce qui pourrait apparaître comme une bonne nouvelle aux yeux de bien des gens ne l'est pas pour le syndicat. Précisons que ces contrats sont adjugés au dollar près, voire au sou près, du coût estimé par le MTQ!
Le syndicat est si perplexe devant cette situation qu'il se demande si le Ministère ne se fie pas désormais carrément aux firmes de génie-conseil pour estimer le coût de la plupart des contrats qu'il accorde. «Devons-nous craindre que, pour une majorité des contrats, aucun montant n'ait vraiment été estimé par le MTQ et qu'il s'en remet en fait aux firmes de génie-conseil?
«Pire encore, des gens ont-ils accès aux données du Ministère? Est-ce que le Ministère transfère de l'information à certains clients privilégiés pour qu'ils obtiennent le contrat?»
«Pas assez d'expertise»
Cela confirmerait que le MTQ n'a plus suffisamment d'expertise, ni pour planifier ni pour assurer quelque suivi que ce soit, explique-t-on. L'an dernier, 10 firmes se sont partagé 70 % des contrats analysés par le syndicat - ceux octroyés pour des services professionnels liés aux travaux d'infrastructures. La valeur de ces contrats s'élève à 280 millions $.
«Et si le MTQ réalise bel et bien des estimations de coûts», interroge encore le syndicat, «comment se fait-il que dans un libre marché où les firmes sont supposées se concurrencer, celles-ci ne soumissionnent même pas un sou de moins que le montant estimé par le Ministère pour remporter l'adjudication?»
«C'est assez spécial de constater qu'il n'y a pas de libre concurrence dans les services professionnels», a déclaré au Soleil la présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec, Lucie Martineau.
La présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, affirme qu'«Infrastructure Québec va régler bien des problèmes. Mais à notre avis, ce sera pire encore parce qu'on sort ce nouvel organisme du giron de la fonction publique».
Lucie Martineau joint sa voix à ceux qui réclament une enquête publique et indépendante sur toute l'industrie des grands travaux. «Existe-t-il de vrais appels d'offres dans les services professionnels? demande-t-elle. Je ne suis pas la police. Ceux qui donnent des contrats en savent peut-être plus qu'on pense.»












