La volonté du gouvernement et de la société d'État d'occuper le terrain du jeu en ligne répugne la porte-parole péquiste en matière de services sociaux, Danielle Doyer. Elle dénonce une «incohérence» entre cette idée et les campagnes gouvernementales de sensibilisation aux risques des jeux de hasard.
«On ne peut pas dépenser l'argent du peuple en disant : "On va aider les jeunes qui ont un problème de jeu", et de l'autre côté, offrir ce jeu en ligne, affirme la députée de Matapédia. D'un point de vue éthique, c'est tout croche.» Selon elle, la société d'État va complètement à l'inverse de la tendance de réduction de l'offre de jeu au Québec.
Même son de cloche du côté de la coalition EmJEU et de son président, Alain Dubois. Avant de penser à étatiser le jeu en ligne, il aurait fallu essayer d'endiguer les paris illégaux sur Internet. À l'heure actuelle, le pourcentage de joueurs compulsifs liés au jeu en ligne est minime, soutient-il. «Quand le casino va entrer dans tous les foyers québécois via le Web, ça va changer la donne, prédit M. Dubois. Là, ça va devenir un problème de santé publique. C'est seulement une solution pour engranger plus de fric.» Il déplore que personne n'ait été consulté avant que Loto-Québec décide d'aller de l'avant et n'a pas confiance dans le comité qui doit être mis sur pied. Il craint que l'instance soit composée «d'experts» qui vivent des subventions de la société d'État. M. Dubois prône l'instauration d'un conseil indépendant qui relève de l'Assemblée nationale.
Le modèle suédois
Mercredi, le ministre Raymond Bachand a cité l'exemple de la Suède où l'étatisation du jeu en ligne a permis de récupérer 30 % des joueurs qui fréquentaient des sites illégaux. Il ne s'agit toutefois que d'un côté de la médaille, fait comprendre Élisabeth Papineau, chercheuse à l'Institut national de santé publique.
Les donnes suédoises révèlent que la décriminalisation du jeu sur Internet a généré de nouveaux joueurs. En fait, 50 % de la clientèle du site de jeu suédois n'avait jamais joué en ligne auparavant. Et 20 % de l'ensemble de ces parieurs légaux ont un problème de jeu.
«C'est difficile d'imaginer qu'on accepterait la commercialisation d'un autre produit qui provoque des problèmes chez un client sur cinq», fait valoir Mme Papineau.
Depuis que le pari en ligne a été légalisé en Suède, le nombre de femmes de 45 à 64 ans aux prises avec un problème de jeu a doublé, note la chercheuse.













