La plus haute fonctionnaire du ministère de la Famille et des Aînés a acquis l'année dernière avec une autre personne une propriété à Saint-Laurent-de-l'Île-d'Orléans au coût de 450 000 $. Au printemps 2008, elle obtenait seule les clés d'un condo dans le secteur du Vieux-Port de Québec en échange de 260 000 $. Les actes notariés des deux transactions en font foi.
Malgré ces deux pied-à-terre dans la capitale, le décret qui entérine sa nomination à la Famille et aux Aînés l'autorise à empocher «une allocation mensuelle de 920 $ pour ses frais de séjour à Québec». Les archives de la Gazette officielle du Québec indiquent qu'elle reçoit en fait cette somme tous les mois depuis juillet 2003, lorsqu'elle a été engagée comme secrétaire associée du Conseil du trésor. Un calcul sommaire place à 72 680 $ le total des «frais de séjour» touchés par Mme?Pagé depuis six ans et demi.
À titre de sous-ministre, son traitement salarial s'élève à 187?865 $ par année. Le Soleil a cherché à comprendre pourquoi la sous-ministre encaisse une allocation de séjour malgré ses deux propriétés à Québec.
La secrétaire générale associée à la communication gouvernementale, Marie-Claire Ouellet, a cherché une réponse auprès du Secrétariat aux emplois supérieurs. «La raison est que Mme?Pagé a sa résidence principale à Montréal, indique Mme Ouellet. C'est l'explication en lien avec son embauche.»
Ainsi, ni la maison de l'Île-d'Orléans à 450 000 $ ni son condo du Vieux-Québec à 260 000 $ ne seraient sa résidence principale. Sur les deux actes notariés qui authentifient les transactions, Mme Pagé n'inscrit pourtant aucune adresse montréalaise. Elle se dit plutôt «résidant et domiciliée» dans la maison de Saint-Antoine-de-Tilly qu'elle et une autre personne ont vendu 450 000 $ l'année dernière.
Selon Marie-Claire Ouellet, même si le décret de nomination de Mme Pagé stipule qu'elle «exerce ses fonctions au bureau du Ministère à Québec», elle n'était pas tenue d'y installer sa résidence principale parce qu'elle est à contrat. Il s'agirait d'une règle à l'égard de la haute fonction publique.
«Elle doit quand même à aller à Montréal pour son travail régulièrement, ajoute Mme Ouellet. Ses deux ministres [Tony Tomassi et Marguerite Blais] sont de Montréal.»
Les «allocations de séjour» servent à compenser les fonctionnaires qui payent des frais de logement supplémentaires en raison de leur travail.
Mercredi, Le Soleil a tenté de s'entretenir avec la sous-ministre Pagé, ce qui s'est avéré impossible. Le Ministère nous a plutôt invité à communiquer avec les Emplois supérieurs pour toute question sur le sujet.
Fonctionnaire de carrière, Louise Pagé a occupé entre 1997 et 2002 des postes de sous-ministre associée à la Sécurité publique, à la Justice et à la Famille. Un trou d'un an dans son curriculum vitae précède son retour au Conseil du trésor, en 2003, où elle était secrétaire associée à la réingénierie de l'État, avant de devenir sous-ministre au Tourisme, en 2005. Elle est revenue à la Famille par un décret en décembre 2009.











