Étiquetés comme «lucides», les économistes Pierre Fortin, Luc Godbout, Claude Montmarquette et Robert Gagné suggèrent que la croissance des dépenses publiques soit réduite à 2,5 % d'ici 2013-2014, alors que Québec table sur 3,2 % et qu'elle a été de 4,6 % ces dernières années. Le «pacte» qu'ils proposent est le suivant : «Le gouvernement ne prélèvera pas un dollar de plus en taxes ou en tarifs s'il n'a pas réalisé un effort équivalent d'un dollar du côté des dépenses.»
«Grâce à ce pacte, les efforts et les engagements sont partagés entre les prestataires des services publics, leurs utilisateurs et les contribuables», disent-ils.
Pour l'heure, le plan du gouvernement s'appuie sur une hausse de la TVQ d'un point de pourcentage, la lutte contre l'évasion fiscale, l'indexation de certains tarifs, et le plafonnement de la croissance des dépenses de programmes à 3,2 % jusqu'en 2013-2014.
Or, malgré l'application de ce plan, il manquera encore 5,1 milliards $ pour parvenir à l'objectif du déficit zéro dans quatre ans.
Les économistes déplorent que le ministre Bachand entende récupérer cette somme manquante uniquement dans la colonne des revenus (avec d'autres «mesures» devant encore être identifiées).
Ils calculent que chaque adulte québécois devra, à terme, «assumer des prélèvements additionnels» de 1200 $.
C'est trop, insistent-ils dans le troisième et dernier volet de leur rapport, Le Québec face à ses défis; une voie durable pour rester maîtres de nos choix.
Contenir la hausse des dépenses à 2,5 % plutôt qu'à 3,2 % permettrait que chaque adulte québécois paie «un peu moins de 900 $» en prélèvements supplémentaires au lieu de 1200 $, selon eux.
Cela dit, ils ne se mouillent pas eux-mêmes sur les inévitables hausses à venir. Ils se contentent de présenter un tableau «de mesures possibles».
On sait déjà que l'ajout d'un deuxième point de TVQ, la hausse des droits de scolarité à l'université et l'augmentation graduelle du tarif du «bloc patrimonial» d'Hydro-Québec ont la faveur du gouvernement.
Révolution culturelle
Les économistes appellent à «une véritable révolution culturelle dans la gestion des dépenses publiques, touchant d'abord l'administration gouvernementale et les sociétés d'État» comme Hydro-Québec, sans quoi la dette explosera et les déficits structurels seront rapidement de retour après 2013-2014.
Pour le long terme, cette révolution signifie «que l'introduction de tout nouveau programme gouvernemental devra être financée par la réduction ou l'abolition d'un programme équivalent».
Une proposition semblable a circulé au Forum économique de Lévis, récemment. Claudette Carbonneau, de la CSN, et Réjean Parent, de la CSQ, l'ont dénoncée.
De façon plus générale, le Comité sur l'économie et les finances publiques recommande de «procéder à une évaluation systématique des programmes actuels, cette évaluation pouvant conduire, selon le cas, à un abandon, à un gel des développements ou à une révision».
La présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, entend proposer dans quelque temps une semblable démarche d'évaluation.
MM. Fortin, Godbout, Montmarquette et Gagné ciblent particulièrement les interventions gouvernementales en faveur des entreprises, qui atteignent 3,3 milliards $ par année. Une remise en cause que l'ADQ souhaite depuis longtemps.
Misant par ailleurs sur des gains de productivité dans le secteur public, ils affirment «que les dépenses qui devraient être priorisées sont celles favorisant la croissance économique à long terme, telles les dépenses d'éducation et de formation».
Il est peu probable que le gouvernement aille de l'avant avec la recommandation de réduire la hausse des dépenses à 2,5 %. Il gardera vraisemblablement le cap sur 3,2 %, un objectif déjà très difficile à réaliser, répète souvent M. Bachand.












