Des documents obtenus par Le Soleil révèlent que M. Marchand, par l'intermédiaire de son entreprise Service d'expertise en matériaux (SEM), a facturé un total de 1144 heures pour ses honoraires professionnels à la commission Johnson pour des activités allant du 13 décembre 2006 au 29 août 2007. En moyenne, M. Marchand aurait donc travaillé 34 heures par semaine pour la commission Johnson au cours de cette période.
Les mêmes documents montrent aussi que pour la période du 1er au 29 avril 2007, M. Marchand a réclamé des honoraires professionnels pour 277 heures de travail - à un taux horaire de 150 $ - ce qui correspond à une moyenne de 69 heures travaillées par semaine.
Au total, M. Marchand a reçu, toujours par l'intermédiaire de son entreprise, 171 600 $ provenant de la commission Johnson. Pendant ce temps, l'ingénieur recevait toujours son salaire de professeur à temps plein à l'Université Laval, qui varie entre 90 000 $ et 116 000 $, selon la convention collective en vigueur. La convention des professeurs de l'Université Laval prévoit des mesures de réduction de tâches, notamment pour permettre à des professeurs de mener des activités externes.
Rappelons que la commission Johnson a été créée par le gouvernement Charest le 3 octobre 2006, à la suite de l'effondrement du viaduc du boulevard de la Concorde, à Laval, survenu trois jours plus tôt. Dès le début des travaux, M. Marchand a été l'un des deux principaux experts embauchés par la commission chargée de déterminer les causes de l'effondrement.
Encore plus élevé?
Or, le nombre d'heures que M. Marchand a consacré à la commission Johnson pourrait être encore plus élevé, puisque les factures obtenues par Le Soleil ne couvrent pas les mois d'octobre et de novembre. Selon ces factures, un peu plus de 1 million $ a été versé à SEM pour des analyses et des expertises techniques, y compris les honoraires de M. Marchand. Un autre document de la commission Johnson obtenu par Le Soleil révèle plutôt qu'un total de près de 1,4 million $ a été versé à l'entreprise de M. Marchand, qui a récolté 67 % des contrats attribués par la commission Johnson pour des expertises techniques. Le total de ces analyses s'élève à 2,2 millions $, toujours selon le même document.
Au cours des dernières années, l'entreprise Service d'expertise en matériaux a créé des remous au département de génie civil de l'Université Laval. Pendant longtemps, SEM et sa filiale SIMCO Technologies ont effectué plusieurs tests et essais dans le laboratoire de béton de l'Université Laval.
Après des critiques dénonçant la présence du privé entre les murs de l'Université et le «traitement de faveur» accordé au professeur Marchand, l'administration du recteur Denis Brière a décidé de mettre fin à l'entente qui liait l'Université Laval et SEM, comme le rapportait Le Soleil l'an dernier. L'Université a aussi fini par réclamer à SIMCO Technologies des sommes qui n'avaient jusqu'ici jamais été facturées pour des essais réalisés dans ses laboratoires.
En congé
Depuis la fin septembre, les entreprises de M. Marchand ont complètement cessé leurs activités au laboratoire de génie civil de l'Université Laval. Fin novembre, SIMCO Technologies a reçu une subvention de 1 million $ du Fonds d'intervention économique régional (FIER) Succès, en vue d'accélérer sa croissance.
Selon nos informations, M. Marchand serait maintenant en «congé partiel de convenance personnelle», un congé sans salaire prévu à la convention collective des professeurs de l'Université Laval qui permet de réduire partiellement ses tâches universitaires pour différentes raisons, dont la réalisation d'activités professionnelles externes.
Jacques Marchand n'a pas voulu confirmer ni infirmer cette information hier, affirmant qu'il s'agissait de «quelque chose entre [lui] et [son] employeur».
















