Sur le coup de midi, hier, le Directeur général des élections (DGE) a décidé de faire parvenir par huissier une assignation à l'ex-ministre de la Justice, Marc Bellemare, qui n'aurait pas donné suite à ses appels.
«Il y aura assignation», confirme Audrey Garon, du bureau du DGE. Selon la loi, il peut s'écouler trois jours entre la signification et le témoignage. L'entretien devrait donc avoir lieu lundi ou mardi prochain, explique Mme Garon.
Au cours des derniers jours, l'ex-procureur général a dit détenir des informations de nature à «embarrasser» le gouvernement sur le financement du PLQ par des entreprises de la construction. M. Bellemare soutient qu'il en a déjà prévenu le premier ministre, et qu'il serait prêt à en témoigner lors d'une commission d'enquête publique. Mais pas au DGE.
«S'il ne nous parle pas ou qu'il refuse l'assignation, nous pouvons nous adresser à la Cour supérieure pour faire déclarer un outrage au tribunal», explique Mme Garon.
Elle précise que le but de la rencontre n'est pas d'entamer une vérification du financement du Parti libéral du Québec, mais bien d'éclaircir les propos tenus par M. Bellemare dans les médias. La teneur des discussions restera confidentielle, indique-t-on au DGE.
Hier, le premier ministre Jean Charest a réitéré que son ancien collègue «n'a jamais soulevé avec [lui] de questions sur le
financement».
«Il n'y a pas de raison pour laquelle M. Bellemare ne devrait pas parler au DGE», a poursuivi M. Charest.
La chef de l'opposition, Pauline Marois, a exhorté le gouvernement à déclencher une commission d'enquête publique offrant une immunité que M. Bellemare n'obtiendrait pas autrement.
De son côté, l'ADQ cherche à voir si une commission parlementaire ne pourrait pas offrir l'immunité à l'ex-ministre. «Je préférerais qu'il parle à visage découvert plutôt que dans le bureau du DGE pour qu'on sache ce qu'il a à dire», a commenté la députée Sylvie Roy.
Pour le député de Québec solidaire, Amir Khadir, «M. Bellemare a certainement aujourd'hui beaucoup plus de crédibilité que M. Charest dans le dossier».
Relevé de dons
M. Khadir a d'ailleurs déposé au DGE un relevé de 300 000 $ en dons au PLQ qui auraient été faits en 2008 par 111 dirigeants et employés de quatre grandes firmes d'ingénierie : SNC-Lavalin, Cima, AXOR et BPR. Des entreprises qui ont décroché des contrats de plusieurs millions de dollars. Dans le cas de Cima, près de 40 000 $ ont aussi été donnés au Parti québécois en 2008.
Des informations qui peuvent renforcer «cette perception malheureuse qu'il y a un trafic d'influence systématique pour l'obtention de contrats», dit M. Khadir.
Québec solidaire a présenté une liste des noms des hauts dirigeants ainsi que des employés de bureau des firmes qui ont versé pour la plupart 3000 $, la contribution maximale permise. Le député Khadir s'inquiète que des prête-noms aient permis de contourner l'interdiction pour les entreprises de financer des partis politiques.
«Quand je vois une secrétaire ou une réceptionniste - je ne pense pas que ce soient de gros salariés - qui donne 3000 $ au PLQ, on peut se poser des questions», a commenté M. Khadir.
Le Directeur général des élections entend faire des vérifications sur la base des informations fournies par Québec solidaire. Il sera toutefois difficile de faire plus que de prendre la parole des gens concernés.
Le gouvernement Charest n'a pas bien géré les problèmes, selon un sondage
Selon un sondage Ipsos Descarie mené pour le compte de l'Agence QMI, 77 % des Québécois estiment que le gouvernement Charest n'a pas su gérer les problèmes dans l'industrie de la construction. Seulement 8 % des sondés pensent le contraire. Un Québécois sur deux croit que les enquêtes policières ne parviendront pas à faire le ménage dans l'industrie.
Finalement, 84% des sondés ont répondu qu'une enquête publique est nécessaire, contre seulement 9 % d'opposants. Ce sondage a été réalisé auprès de 1008 Québécois adultes du 16 au 17 mars 2010. Il présente une marge d'erreur de plus ou moins 3,2 %, 19 fois sur 20.












