Le 11 août, moins d'un mois avant sa mort, Claude Béchard posait avec le premier ministre Charest. C'était à l'occasion du remaniement ministériel. Sa femme, Mylène Champoux, ainsi que ses enfants, Marianne, Béatrice, Justine et Charles, prenaient place à ses côtés.
La Presse Canadienne
Le député de Kamouraska-Témiscouata, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne et ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent avait annoncé en matinée, dans un communiqué de presse, qu'il quittait toutes ses fonctions «en raison de son état de santé». Il avait jusque-là refusé de faire une croix sur sa carrière politique, qu'il poursuivait dans la douleur et dramatiquement amaigri. Il n'avait cependant pas été revu publiquement depuis le remaniement ministériel du 11 août.
Combattant la récidive d'un cancer du pancréas apparu en 2008, réputé guéri, puis réapparu au début de cette année, M. Béchard était hospitalisé à L'Hôtel-Dieu de Québec depuis la semaine dernière. C'est là qu'il est décédé, entouré des siens, en milieu d'après-midi.
Âgé de 41 ans, M. Béchard était marié et père de quatre enfants presque tous du même âge puisqu'il s'agit d'une famille reconstituée. Ses proches ont exprimé le voeu de vivre cette épreuve en privé. Les détails sur les funérailles seront communiqués ultérieurement. Le nom de son successeur, qui devait être annoncé dans la journée de mardi, n'a finalement pas été dévoilé compte tenu de la tournure dramatique des événements.
Lors d'un point de presse tenu en après-midi, le premier ministre, Jean Charest, avait confirmé que l'état de santé de son «compagnon de route extraordinaire» s'était détérioré et qu'il avait décidé par lui-même de céder sa place au gouvernement. «Il va se battre jusqu'à la fin, je le sais, mais la maladie avance malheureusement», a soutenu M. Charest sans savoir que la mort ferait son oeuvre aussi rapidement. La gravité de la situation ne faisait toutefois aucun doute puisque le leader libéral, qui a visité son collègue à l'hôpital dernièrement, disait que «la cour des miracles est toujours ouverte».
Le premier ministre ému
L'émotion du premier ministre, dont l'amitié avec Claude Béchard remonte à la campagne à la direction du Parti libéral du Québec de 1998, était palpable pendant son allocution. À quelques reprises, il a refoulé ses larmes en parlant de ce «jeune homme plein de d'énergie, de fougue, d'intelligence, qui a donné le meilleur de lui-même pendant sa carrière politique».
Le politicien de Saint-Philippe-de-Néri, petit village situé près de La Pocatière, a été élu pour la première fois en 1997, à l'âge de 28 ans, à l'occasion d'une élection partielle, puis réélu quatre fois de suite.
Il a été tour à tour ministre de l'Emploi, du Développement économique, de l'Environnement, de l'Agriculture et des Affaires intergouvernementales, entre autres.
Il a piloté les dossiers controversés de la privatisation du mont Orford et de Rabaska, amorcé la révision du régime forestier et réglé le dossier des congés parentaux.
Plus récemment, il travaillait sur la première politique agricole du Québec, qu'il voulait à tout prix déposer cet automne. En 2008, la mort sordide de son attachée politique de circonscription, Nancy Michaud, l'avait beaucoup ébranlé. Quelques mois plus tard, il se butait à un diagnostic de cancer.
Dans son communiqué de presse, qui prend maintenant des airs de testament, M. Béchard a remercié Jean Charest, décrit comme «un ami, qui m'a toujours fait confiance et avec qui ce fut un grand honneur et un réel plaisir de servir le peuple québécois». Il a également remercié «chaleureusement» ses concitoyens du Bas-Saint-Laurent.
«Les femmes et les hommes qui vivent dans ce magnifique coin de pays sont des gens de coeur et ce fut pour moi un grand privilège de les représenter pendant ces 13 dernières années», a-t-il déclaré avant de s'éteindre.






























