ADQ: une histoire en montagnes russes

Mario Dumont en janvier 2009, lors de son... (Photothèque Le Soleil)

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Mario Dumont en janvier 2009, lors de son dernier discours devant les membres de l'ADQ

Photothèque Le Soleil

Simon Boivin
Le Soleil

(Québec) L'Action démocratique du Québec (ADQ) n'est plus. Ou presque. Le petit parti né en 1994 de la cuisse du Parti libéral du Québec, qui a lézardé le mur du bipartisme et foutu un «coup de pied dans la canisse» du modèle québécois, est en bout de course. Une course folle aux allures de montagnes russes.

Quel sera l'héritage de l'ADQ? Chose certaine, Mario Dumont, fils d'agriculteur, aura retourné pendant des années le champ de l'opinion publique avec son parti. Mais ce n'est ni lui ni l'ADQ qui récolteront ce qu'il a semé.

«On a poussé quelques fois des idées novatrices, parfois qui ne plaisaient pas aux vieux partis, mais qui les ont adoptées par la suite», résume le cofondateur et premier chef de l'ADQ, Jean Allaire. «Un parti à idées qui n'a pas craint d'attaquer les vaches sacrées et les problèmes dont personne ne voulait parler.»

Les seuils d'immigration, les politiques de natalité, la justice intergénérationnelle, le pouvoir syndical, le vieillissement de la population, la dette, le système de santé public, la taille de l'État. Sans compter que plus personne ne s'étonne qu'il y ait plus que deux partis au Parlement.

«Ma métaphore, illustre aujour­d'hui Mario Dumont, c'est que, dans beaucoup de domaines, j'ai débroussaillé. Mais quand tu débroussailles, tu en ressors aussi grafigné. Alors, quand tu arrives à l'élection, ce que les gens voient, c'est une face ensanglantée.»

Doyen de l'Assemblée nationale, le péquiste François Gendron se souvient de l'arrivée du jeune député de Rivière-du-Loup, 24 ans à l'époque. Il lui apparaît rapidement que le gars de Cacouna a «du gabarit». M. Gendron se souvient aussi que certains de ses constats étaient partagés par d'autres députés, mais que «ça ne faisait pas mode» d'en parler.

«Dans une société, il y a des courants qui arrivent à des niveaux d'acceptabilité sociale, analyse M. Gendron. Celui qui parlait du même sujet il y a quatre ans, il se faisait rentrer dedans. Et quatre ans après, c'est devenu le débat de salon. Il a eu à vivre avec ça.»

Mario Dumont n'a pas toujours eu la main heureuse. Tant s'en faut.

La proposition d'un taux d'imposition unique (flat tax), désavouée publiquement par l'hom­me d'affaires Marcel Dutil - une belle prise de l'ADQ -, a joué dans la descente aux enfers de 2003. L'idée des bons d'études pour permettre aux parents de choisir entre l'école privée ou publique lui a aussi attiré le courroux des centrales syndicales.

«Quand ça s'est mis à chauffer un peu, ils se sont mis à avoir peur», se souvient Jean-François Plante, animateur de radio. Cet ex-candidat de l'ADQ a été évincé par son chef en pleine campagne, en 2007, pour des déclarations con­troversées sur l'équité salariale.

Fier tenant de la droite libertarienne, M. Plante déplore que les «apparatchiks» du parti aient résisté à un positionnement clairement à droite. «Il y a des positions irréconciliables qu'on essayait de mettre ensemble dans ce parti pour faire un fourre-tout, soutient-il. Il y a un vice dès le départ dans ce parti-là.»

Il est aussi arrivé que, par instinct de survie, le parti verse dans un «populisme» agaçant, reconnaît le politologue Guy Laforest, président du parti de 2002 à 2004. Il a en tête l'élection de Sylvain Légaré, dans Vanier, en 2004, à l'approche d'un congrès des membres et d'un vote de con­fiance. Le parti épouse alors corps et âme les dossiers de la survie de la station CHOI FM et de la Fondation Scorpion. «Ils ont fait des additions à certains moments, des choix douteux, qui tenaient au leadership de M. Dumont», constate M. Laforest.

Exit le débat constitutionnel

Créée sur la base même de la question constitutionnelle, l'ADQ a été le premier parti à vouloir la gommer du débat. Peu après la défaite du Oui, Mario Dumont demande un moratoire de 10 ans sur tout référendum sur la souveraineté. Exactement ce que demande François Legault aujourd'hui.

«C'est vrai que c'est un peu contradictoire, mais ça a fait en sorte qu'en 2003, pour la première fois depuis longtemps, l'enjeu de la souveraineté n'était pas au coeur de la campagne», se souvient Alain Sanscartier, ex-chef de cabinet de Dumont. Une avancée, selon lui, qui permet de débattre sur l'axe gauche-droite de l'héritage de la Révolution tranquille.

Mario Dumont coupera le cordon au soir du 8 décembre 2008, après un résultat électoral catastrophique. Même si ses électeurs de Rivière-du-Loup lui sont restés fidèles, l'ADQ vient d'échapper l'opposition officielle. Son pire souvenir de l'aventure adéquiste reste les derniers jours de cette campagne à se «traîner la carcasse» pour tourner la page «dans l'honneur».

«Certains disent que l'ADQ va avoir débroussaillé et que c'est [François] Legault qui va récolter, évoque M. Dumont. Je ne le sais pas. Peut-être pas non plus. L'ADQ va avoir été le berceau d'une véritable réflexion sur ce qu'il pourrait y avoir de différent.»

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