«Lorsque ça va mal, la plupart des enfants ne sont pas outillés pour faire le constat de leur situation, affirme Andrée-Anne Provençal, doctorante en psychologie communautaire et intervenante chez Jeunesse, J'écoute. Ils n'ont pas une expérience de vie suffisante et n'iront pas chercher de l'aide par eux-mêmes.»L'enfant déprimé croira qu'il est le seul dans sa situation et que personne ne peut le comprendre.
Ce sont les adultes qui l'entourent qui doivent savoir détecter les indices et c'est là que le bât blesse. Si les parents sont trop préoccupés par leurs propres problèmes, ceux de l'enfant ont de bonnes chances de passer inaperçus, à la maison comme à l'école. «Il y a une pénurie de ressources dans les écoles et ces intervenants sont trop souvent débordés. Ils vont au plus urgent ou plutôt au plus visible, soit l'enfant qui dérange. L'enfant apathique ne cause pas de dérangement en classe», souligne Mme Provençal, en marge de la Journée-conférence sur l'enfance au Québec, présentée hier à l'Université Laval.
Pourtant, le problème est bien réel. Entre 1993 et 1997, il y a eu 229 suicides chez les 5 à 14 ans au pays. Des deux millions d'appels ou de messages Web que Jeunesse, J'écoute a reçus en 2007, 14?% provenaient de jeunes de 6 à 12 ans. Ces jeunes contactent l'organisme pour parler de problèmes de toutes sortes : problèmes scolaires, intimidation, problèmes familiaux, mauvais traitements et même suicide.
Si leurs problèmes peuvent parfois paraître futiles aux yeux d'un adulte, c'est parce que nous les voyons avec nos yeux d'adultes, précise Andrée-Anne Provençal. «D'ailleurs, suggérer une solution d'adulte à un problème d'enfant ne fait qu'ajouter à l'impuissance et à la frustration ressenties par l'enfant.»
La spécialiste donne l'intimidation comme exemple et le fameux conseil de ne pas prêter attention aux intimidateurs.
«Ça ne marche pas avec un enfant, dit-elle. Il n'est pas outillé pour faire abstraction de l'intimidation.»
Indices de la dépression
La dépression chez l'enfant se manifeste habituellement par des changements dans le comportement, dans les sentiments, dans la façon de penser ou même des changements physiques. Un enfant animé deviendra apathique ou un bon élève verra son rendement scolaire diminuer. L'enfant peut montrer des signes de tristesse, de colère, de crainte. Il peut aussi se dévaloriser ou se blâmer. Il peut avoir davantage tendance à s'isoler.
Le premier et le plus important conseil que donne Andrée-Anne Provençal à un intervenant qui s'aperçoit qu'un enfant est déprimé est de l'écouter. «C'est la base, c'est l'essentiel, assure-t-elle. Il faut prendre le temps de réellement l'écouter. Ensuite, on peut l'aider à mettre des mots sur ce qu'il vit. Finalement, il faut l'aider à identifier des adultes aidants dans son milieu, ce qui n'est malheureusement pas toujours les parents.»
Il existe cependant plusieurs ressources pour venir en aide aux enfants déprimés et à leurs parents. Outre le réseau de santé, il y a des organismes comme Jeunesse, J'écoute (1 800 668-6868), Tel-Jeunes (Teljeunes.com), des sites Internet comme celui de l'Association canadienne pour la santé mentale (Cmha.ca) ou encore celui de la Fondation des maladies mentales (Fondationdesmaladiesmentales.org).










