Ces deux professionnels de Robert-Giffard ont accepté de parler de leur expérience au Soleil, à la condition que leur identité soit protégée. Même leur profession ne peut être nommée.
Pendant 15 minutes, l'homme les a tenus en otages, jusqu'à ce qu'ils conviennent ensemble d'une façon de sortir. «J'étais nerveux, mais j'avais l'air calme», raconte l'homme qui a une quinzaine d'années d'expérience et a été formé en milieu carcéral. Sa collègue, en début de carrière, ne semble pas très ébranlée non plus, et ne remet aucunement en question son milieu de travail. Elle reconnaît toutefois que «même si ça n'a pas duré longtemps, quand on est dedans, ça paraît long».
Le fait d'avoir reçu un grand soutien de la direction après cet incident a contribué à dédramatiser la situation, disent-ils tous deux. Et ce, même s'il s'agit là d'un événement extrême, aucunement représentatif des agressions habituelles.
«Il arrive qu'il y ait des menaces verbales, des coups de poing donnés sur la table, que ça brasse un peu, mais pas ça», dit Sylvie.
De fait, si l'ensemble des employés de la santé sont à risque d'être agressés dans leur travail, c'est encore plus vrai lorsqu'ils travaillent avec des criminels. À Robert-Giffard, l'évaluation médico-légale fait partie du quotidien, et d'importantes mesures de sécurité sont prises. Mais elles ne sont pas à l'épreuve de tout et sont toujours perfectibles.
Être attentif
Lorsque survient une telle situation, il faut être attentif à tout, explique Richard. Le niveau d'émotivité de l'agresseur, ses mots et ses gestes sont autant d'indices de ce qui peut s'en venir. «C'est important de rester calme, pour garder le patient calme.» La disposition des lieux, le fait de savoir si des collègues sont à proximité, la possibilité ou non de sonner l'alarme sont d'autres éléments à considérer.
Dans ce cas, les deux professionnels ont négocié un plan de sortie leur permettant de passer devant les agents de sécurité, qui sont alors intervenus.
«Le but, c'est de sortir en préservant notre sécurité, en brisant notre isolement.» Ce n'est pas le temps, dit Richard, d'essayer de contraindre l'agresseur physiquement, alors qu'il n'y a personne pour nous venir en aide.
Une fois l'individu maîtrisé, le support est venu très vite. «On a dû raconter notre histoire 20 fois, à la sécurité, à la police, à la direction, aux collègues», dit Sylvie. Cette répétition leur a permis à tous deux de prendre du recul, d'évacuer le contenu émotif de l'incident.
Le fait d'avoir été deux et d'avoir pu échanger entre eux a facilité les choses.
Sans banaliser, il faut être conscient que cet incident est extrême, et qu'il risque fort peu de se renouveler, dit la jeune femme. C'est d'autant plus vrai qu'il a amené la direction à revoir entièrement ses procédures, et à resserrer encore davantage la sécurité.
insidieux ou brutal
Ça peut être insidieux. Un stress qui s'installe, un malaise généralisé, une insécurité, l'insomnie, la démotivation... Et ça peut aussi être brutal.
L'impact d'une agression subie en milieu de travail est aussi variable qu'il y a d'individus. Physiquement, c'est clair et net. Petite ou grosse, une blessure est palpable. Parfois même extrême. Il y a quelques années, une personne est morte des complications de ses blessures. Dans des départements de psychiatrie, des infirmières ont subi une fracture du crâne.
Psychologiquement, par contre, c'est plus flou. «Ça peut aller de l'insécurité provisoire au stress post-traumatique empêchant la poursuite de la carrière», dit Marie-Josée Robitaille, de l'ASSTSAS.
À Robert-Giffard, Richard, un professionnel ayant été victime d'une prise d'otages (voir autre texte), souligne que la personnalité, l'histoire de vie ou le fait d'être seul ou entouré sont autant d'éléments pouvant faire la différence. Et ce n'est pas parce que la réaction ne vient pas dans les heures suivant une agression qu'elle ne viendra pas plus tard. «On peut payer pour à long terme.»
«On a beau se demander comment on réagirait sur le moment, on ne le sait pas tant que ça ne nous arrive pas. Mais pour que ça se passe bien après, il ne faut pas rester seul avec soi-même, et s'inventer toutes sortes de scénarios en voyant le pire», dit sa collègue Sylvie, qui a elle aussi vécu cet événement particulier.
Les impacts les plus fréquents chez les employés victimes de violence sont l'hypervigilance, la nervosité, une certaine anxiété. Certains peuvent finir par ne plus vouloir travailler avec certains types de patients.
La répétition de gestes violents peut aussi user la motivation d'un travailleur.
«Ça prend une équipe qui se tient, c'est ce qui fait tenir, qui permet de garder le cap sur le but du travail», croit Richard.
Dans un événement aussi marquant que celui qu'ils ont vécu, Sylvie a trouvé important de retourner rapidement sur les lieux, tout comme on doit remonter en voiture après un accident.











