Il y a deux ans, Virginie avait mal à l'estomac.
«À cause du gâteau que j'avais mangé», croyait-elle. Elle ne s'est donc pas inquiétée. Mais la nuit passait et le mal empirait.
«Vers 6h du matin, je suis allée aux toilettes. J'ai eu une envie de pousser, alors j'ai poussé. Je me suis touchée en bas et j'ai senti des cheveux. Je pensais que quelque chose avait pourri en moi et que mon corps l'éjectait. J'ai poussé une deuxième fois et qu'est-ce que j'ai vu? Une petite fille toute rose avec 10 doigts et 10 orteils. Je suis restée deux minutes à la regarder. Je n'y croyais pas.»
Virginie a eu le réflexe d'appeler des secours et son bébé est en parfaite santé aujourd'hui. Mais il n'est pas rare qu'un tel accouchement se solde par la mort du bébé, par manque de soins.
«Ces femmes se retrouvent dans un tel état de sidération qu'elles peuvent très bien croire que le bébé est mort-né s'il ne pleure pas», explique Michel Libert, pédopsychiatre en France.
Elles mettent alors le corps dans un sac plastique et tentent de s'en débarrasser, ce qui peut donner l'apparence d'un meurtre. «Plusieurs femmes ont donc été accusées à tort d'un infanticide», ajoute-t-il.
Dans le cas d'un infanticide, la femme refuse sa grossesse et la dissimule, mais elle en a conscience. Pas dans le cas d'un déni. «Il existe un lien toxique entre déni de grossesse et infanticide. Ces femmes nient leur grossesse, mais pas leur enfant», nuance le Dr Libert.
Maman malgré tout
Le défi psychologique que ces femmes doivent relever peut sembler insurmontable aux communs des mortels. Pourtant, la grande majorité des femmes s'attachent à leur bébé dès la naissance.
«Cet enfant voulait tellement vivre... C'était tellement une belle surprise de la vie que j'ai commencé à l'allaiter tout de suite. Je n'ai pas pensé une seconde à l'adoption», précise Nathalie, cette Montréalaise qui a vécu cette «surprise» et qui est restée cinq jours à l'hôpital.
Son conjoint n'a pas douté de sa sincérité, car lui aussi ne s'était rendu compte de rien. Il a donc couru un véritable marathon afin de préparer l'arrivée d'Alain, mais surtout, d'annoncer sa naissance. Malgré une grande surprise, famille et amis ont très bien réagi, tout comme l'employeur de Nathalie. Elle n'a donc pas senti le besoin de consulter un psychologue, même si l'hôpital lui a demandé d'en voir un deux fois pour s'assurer que Nathalie reconnaisse son enfant.
Mais parfois, un suivi psychologique est essentiel. La mère, abandonnée par son conjoint et jugée par ses pairs, gère mal ce drame. Plusieurs se sentent coupables d'avoir bu de l'alcool et fumé, transporté des objets lourds ou pratiqué des sports dangereux pendant la grossesse.
«Je fumais et je travaillais 70 heures par semaine. Mais au moins, je n'ai pas bu d'alcool», se console Nathalie.













