Le site a été élaboré par l'Institut universitaire en santé mentale Douglas, qui l'a lancé officiellement en présence de la presse et d'acteurs du film Polytechnique, mardi à Montréal.
Sur ce site, www.info-trauma.org, le public et les professionnels de la santé retrouveront des informations scientifiques, des questions pour les guider afin de savoir s'ils souffrent ou non de stress post-traumatique, des références médicales et des trucs pour s'aider eux-mêmes.
«Un des problèmes avec Internet, c'est qu'on trouve beaucoup d'informations, mais beaucoup de mauvaises informations», a affirmé le professeur Alain Brunet, psychologue et chercheur spécialisé dans ce domaine à l'Institut Douglas.
«On a voulu créer un site qui soit comme le psychologue qu'on aurait aimé consulter», a-t-il ajouté.
Les autorités médicales estiment qu'environ 2,4 % des personnes exposées à un événement traumatisant comme un viol, un accident de voiture ou une agression physique manifestent des symptômes de trouble de stress post-traumatique. Au Canada, ce sont ainsi 800 000 personnes qui seraient touchées.
«À tous les jours, il y a de nouvelles victimes de traumas, des centaines», déplore M. Brunet, qui cite le cas de la tuerie de Polytechnique, qui a fait des victimes chez les blessées, leur famille, mais aussi chez les témoins de la scène, qui se sont sentis impuissants et qui ont éprouvé un sentiment de culpabilité.
La tragédie de Polytechnique, «ça a été notre guerre du Vietnam; ça a marqué la société» québécoise, a-t-il soutenu.
La productrice du film Polytechnique, Karine Vanasse, présente au lancement du site, a confirmé les séquelles chez les victimes de la tuerie. Elle raconte que cela a pris des heures de témoignages et de confidences pour aborder la question de leur stress post-traumatique, «pour toucher la réelle blessure, la réelle douleur» de ces personnes.
Confrontation avec la mort
Un événement traumatique fait référence à une confrontation brutale et inattendue avec la mort, la nôtre ou celle des autres, précise M. Brunet.
Il explique qu'il y a un large spectre de réactions face à de tels événements traumatiques. Certains se suicident, d'autres se renferment, n'arrivent pas à en parler; d'autres développent des problèmes de santé physique; d'autres font des cauchemars, ont des flashbacks. «Il y en a pour qui ça passe dans l'art, dans le jogging. Il y a toutes sortes de trajectoires vers la guérison», relate M. Brunet.
Si l'on ne guérit pas complètement jusqu'à oublier le traumatisme, on peut arriver en tout cas à composer avec son traumatisme.
«La principale demande du patient, quand il se présente chez le psychologue, c'est "j'aimerais ça pouvoir faire revenir le temps; si j'avais une machine à retourner dans le temps, je voudrais retourner en arrière, je voudrais redevenir comme avant". Ça, il faut faire le deuil de ce désir-là. C'est la raison sine qua non pour la rémission.
«Il faut faire le deuil de la personne qu'on était avant. Il va y avoir un avant et un après. Et on ne reviendra jamais comme avant. C'est le grand paradoxe du trauma et de la guérison du trauma: pour guérir, il faut accepter de faire le deuil et de dire au revoir à la personne qu'on était», explique M. Brunet.










