Ils se promènent dans l'autobus ou dans la rue, écouteurs vissés aux oreilles. Au cours des dernières années, l'iPod - ou plutôt le lecteur MP3 sous toutes ses formes - est devenu le gadget techno préféré des ados. Mais ce petit appareil en apparence bien inoffensif pourrait leur jouer de vilains tours.
Selon une étude réalisée dans la région de Québec auprès d'une centaine d'élèves du secondaire, 70 % des ados s'exposent quotidiennement à des niveaux de bruit comparables à ceux des travailleurs en usine, uniquement à cause de ce qu'ils écoutent dans leur lecteur MP3.
«C'est vraiment beaucoup», laisse tomber Tony Leroux, directeur de la recherche à l'Institut Raymond-Dewar, un centre de réadaptation spécialisé en surdité affilié à l'Université de Montréal. Les résultats détaillés de cette enquête seront publiés au cours de l'automne.
Pendant que l'iPod gagnait en popularité, les problèmes d'audition ont augmenté chez les jeunes. En 10 ans, le nombre de remboursements pour des appareils auditifs a augmenté de 44 % chez les 25-54 ans, selon des données de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) transmises au Soleil par l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ).
Les consultations
Les consultations pour des problèmes d'audition sont par ailleurs deux fois et demie plus nombreuses chez les 25-27 ans qu'il y a 10 ans. Pour la présidente de l'OOAQ, le lien avec les lecteurs MP3 est évident. «Nos jeunes ont presque tous des iPods qu'ils écoutent pendant de longues heures, souvent trop fort. C'est clair que ça peut avoir un impact», affirme Marie-Pierre Caouette.
Le danger, c'est d'écouter de la musique trop forte de façon prolongée. «C'est une perte auditive qui est irréversible», rappelle Mme Caouette. Pour garder l'oreille fine, l'Ordre recommande d'écouter son lecteur MP3 à un volume qui permet de comprendre une autre personne qui parle à une distance d'un mètre.
De son côté, Tony Leroux rappelle que l'iPod ne devrait pas être utilisé longtemps dans un endroit déjà très bruyant, comme le métro ou l'autobus, puisque l'utilisateur devra monter le volume d'un cran pour entendre sa balade préférée.
Le bruit du métro étant déjà de 85 décibels, un passager devra écouter son iPod au moins à 90 décibels pour entendre ce qui y joue. Or, il est recommandé de ne pas s'exposer plus de 15 minutes par jour à un tel niveau de bruit. Dans le cas de l'autobus, le niveau de bruit atteint plutôt 80 décibels, ce qui permettrait d'écouter son iPod un maximum de 30 minutes par jour sans risquer d'endommager ses tympans.
La popularité
Tony Leroux rappelle toutefois que la popularité grandissante des iPod ne peut expliquer à elle seule l'augmentation des problèmes d'auÂdition. De manière plus générale, la recherche scientifique a démontré depuis le milieu des années 90 que le taux de prévalence de la surdité augmente parmi les adulÂtes âgés de 45 ans et moins.
«Le niveau de bruit n'a pas changé dans les milieux de travail. Si on ajoute à cela une exposition au bruit plus grande avant l'entrée sur le marché du travail, avec les iPod, on peut penser que c'est une combinaison des deux», dit-il.
Les experts rappellent néanmoins qu'il est généralement beaucoup plus facile de baisser le volume de son lecteur MP3 que de diminuer le niveau de bruit qui nous entoure.
Une réglementation svp
Pour diminuer les problèmes d'audition, le Québec devrait imiter la France et légiférer afin d'interdire la vente d'iPod trop bruyants. C'est ce qu'affirme le Dr Pierre Ferron, otorhinolaryngologiste de l'Hôtel-Dieu .
«Ça me révolte un peu.» Les fabricants de lecteurs MP3 conçoivent des appareils trop puissants pour les tympans et aucune règle n'encadre leur vente, souligne-t-il. La France a pris les devants en limitant par règlement le nombre de décibels des lecteurs vendus en sol français.
Pourquoi ne pas faire de même? «Quand on ne peut y arriver par la bonne volonté, on a le droit de mettre des règlements.»
Selon lui, la popularité croissante d'iPod est un «facteur important» expliquant la hausse des problèmes de surdité, mais le lien de cause à effet n'a pas encore été prouvé scientifiquement. «Il n'y a pratiquement pas d'études sur le sujet», déplore le Dr Ferron. Â













