Soins de santé: les travailleurs agricoles latinos sont mal servis

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Soins de santé: les travailleurs agricoles latinos sont mal servis

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Cette année, environ 6500 ouvriers étrangers s'échineront dans les champs du Québec, dont 1000 dans la région de la capitale et 300 sur l'île d'Orléans.

Photothèque Le Soleil

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) Entorses non traitées, chirurgies reportées, tendinites... Les travailleurs agricoles mexicains et guatémaltèques de l'île d'Orléans triment dur quand ils arrivent chez nous, mais l'accès qu'ils ont aux soins de santé n'est pas adapté à leurs besoins, selon une étude du Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale qui paraîtra sous peu.

Ces travailleurs ont droit à l'assurance maladie pour la durée de leur séjour, mais le chemin qui mène des champs jusqu'au médecin est parfois bien long, a constaté l'auteure de l'étude, Geneviève Roberge, qui en a présenté les résultats mardi à Ottawa, au congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas). Cette année, dit-elle, environ 6500 ouvriers étrangers s'échineront dans les champs du Québec, dont 1000 dans la région de la capitale et 300 sur l'île d'Orléans.

Des 30 entrevues qu'elle a réalisées avec des travailleurs et des employeurs l'automne dernier, il est ressorti que plus de la moitié des ouvriers avaient souffert de «problèmes musculo-squelettiques» comme des entorses lombaires, de problèmes respiratoires dus à l'exposition aux produits chimiques et de malaises généraux comme des maux de ventre, probablement causés par l'éloignement.

Mais «ils vont majoritairement continuer à travailler pour ne pas perdre d'argent, pour avoir une bonne lettre de recommandation à la fin de la saison et pour être rappelés l'année suivante. [...] Certains vont travailler malgré des blessures graves parce qu'il y a beaucoup de pression sur eux. La famille d'un travailleur s'attend à recevoir un chèque d'un certain montant régulièrement», dit Mme Roberge. D'autres encore éviteront le médecin par peur du diagnostic.

L'anthropologue de formation a même vu le cas d'un Guatémaltèque qui avait continué de besogner malgré un genou si amoché qu'il a nécessité deux opérations à son retour.

En outre, poursuit-elle, les ouvriers savent que leur travail sera dur et la plupart arrivent ici avec leur propre pharmacopée, incluant des injections de cortisone ou d'opiacés pour réduire d'éventuelles douleurs. «Dans chaque ferme, il y a un ou deux leaders qui sont identifiés comme des "piqueurs'', c'est-à-dire des personnes qui savent comment faire les injections», mais qui n'ont aucune formation médicale, illustre Mme Roberge.

Employeurs sensibilisés

Les employeurs sont sensibilisés à la situation, comme en témoigne leur participation à l'étude, dit la chercheuse. Mais ils font ce qu'ils peuvent avec les moyens du bord, en assignant par exemple un éclopé au tracteur - surtout s'il insiste pour continuer à travailler - ou en amenant les malades à la pharmacie. Si cette solution s'avère insuffisante, les personnes qui gèrent les ouvriers agricoles les amènent dans une clinique sans rendez-vous, mais l'urgence est habituellement évitée à cause de l'attente.

La barrière linguistique est alors souvent, on s'en doute, un obstacle lors de la consultation, de même que les différences culturelles. Plusieurs ouvriers interviewés considèrent en effet qu'ils doivent se sentir mieux dès leur sortie du cabinet et sont donc parfois déçus des soins qu'ils reçoivent ici, ce qui ne les incite pas à consulter un médecin s'ils se blessent l'année suivante.

En faisant ses recherches, l'anthropologue a appris que l'infirmière du CLSC de l'île parlait espagnol, mais il semble que les employeurs l'ignoraient. Une avenue de solution, poursuit-elle, serait qu'un médecin se rende sur place chaque été. «Les gars le proposent eux-mêmes, l'examen médical en cours d'été. Avant de venir ici, ils doivent passer un examen médical chez eux pour s'assurer qu'ils arrivent en bonne santé, alors pourquoi on ne les renvoie pas chez eux en aussi bonne santé?» demande-t-elle.

Persona non grata au CLSC

Comme si leur boulot n'était pas déjà assez dur, un CLSC de Beauport a refusé de garder des ouvriers mexicains en ses murs, récemment, par crainte de la grippe A (H1N1), a révélé mardi Geneviève Roberge.

Les travailleurs s'y étaient rendus avec une accompagnatrice pour obtenir la carte soleil temporaire à laquelle ils ont droit pendant leur séjour - ce qui ne pose habituellement pas problème -, mais l'établissement leur a plutôt suggéré d'aller dans les bureaux de la Régie de l'assurance maladie (RAMQ) sur la Grande Allée. Et en appelant à la RAMQ, l'accompagnatrice s'est fait dire de se présenter hors des heures de bureau pour éviter les risques de contamination... 

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