Cancer: gros buveurs, grands risques

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Cancer: gros buveurs, grands risques

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Un homme qui boit entre six et sept consommations de bière ou de spiritueux par jour depuis quelques décennies peut multiplier jusqu'à huit fois son risque de développer un cancer.

Photothèque Le Soleil

Jean-Frédéric Légaré
Le Soleil

(Québec) Ceux qui affectionnent la bouteille avec ferveur s'inquiéteront peut-être d'apprendre que leur habitude peut multiplier jusqu'à huit fois les risques de développer un cancer. C'est du moins ce que révèle une étude menée auprès des hommes par un groupe de chercheurs montréalais et dont les résultats viennent d'être publiés dans le bulletin Cancer Detection and Prevention.

«Ce sont les personnes qui boivent chaque jour ou plusieurs fois par jour qui sont à risque», indique Andrea Benedetti, principale auteure de l'étude et professeure aux départements de médecine et d'épidémiologie, bio­statistique et santé au travail de l'Université McGill.

Si le risque croît chez les hommes qui ont l'habitude de boire leur verre quotidien, ce sont surtout les gros buveurs que le cancer attend dans le détour. Et sans surprise, c'est le cancer du foie qui les menace le plus, puisque le risque qu'ils le développent au cours de leur vie est multiplié par 7,9. Suit ensuite le cancer de l'oesophage, dont les risques sont augmentés par un coefficient de 7,4. Les cancers du colon, des poumons, de la prostate et de l'estomac guettent aussi davantage les hommes qui boivent beaucoup, quoique dans de moindres proportions.

Selon les critères utilisés pour l'étude, un gros buveur boit en moyenne entre six et sept consommations pas jour et le fait depuis quelques décennies. Les chercheurs ont en effet tenu compte de la durée des habitudes de consommation. Sans surprise, encore une fois, les résultats montrent que plus l'on boit depuis longtemps, plus les risques s'accroissent.

Les chercheurs ont toutefois constaté que la relation entre la consommation d'alcool et le cancer était inexistante dans certains cas. «L'alcool n'a pas vraiment d'effet sur les risques de développer un cancer des reins, le mélanome, la maladie de Hodgkin ou le lymphome non hodgkinien», dit Andrea Benedetti. Quant aux cancers du rectum, du pancréas ou de la vessie, les chercheurs n'ont pas été en mesure de tirer une conclusion.

Le vin épargné

Que les amateurs de vin soucieux de leur santé se rassurent, cependant, puisque leur alcool préféré n'aurait pas les mêmes effets funestes que la bière ou les spiritueux. «En étudiant les trois types d'alcool séparément, on a vu que les risques [de cancer] augmentaient beaucoup avec la consommation de bière ou de spiritueux, mais pas vraiment avec celle du vin», explique Mme Benedetti.

L'équipe de chercheurs ne s'est pas penchée sur les causes de ces résultats, mais Andrea Benedetti émet l'hypothèse que l'antioxydant présent dans le vin rouge puisse avoir un effet bénéfique. Ou encore que le comportement des buveurs de vin soit différent de celui des buveurs de bière ou de spiritueux.

Un verre pour la santé?

Une croyance persistante veut que le petit gin quotidien de grand-mère soit le secret de sa longévité. Bref, qu'un verre d'alcool chaque jour est une excellente prescription pour vivre plus longtemps. Dans un esprit moins optimiste, cependant, des chercheurs de l'Institut national du cancer de France ont conclu en mars que le risque de souffrir de certains cancers «est significatif dès une consommation moyenne d'un verre par jour» et que, par conséquent, «toute consommation d'alcool est [...] déconseillée».

Qui a raison? L'abstinence est-elle la seule «bonne» habitude qui vaille? L'étude menée par le grou­pe de chercheurs de Montréal sur les liens entre l'alcool et le cancer donne quelques indices, mais ne permet malheureusement pas de trancher. «Nous avons remarqué que les risques sont plus grands chez ceux qui boivent à chaque jour», affirme Andrea Benedetti, auteure principale de l'étude.

«Mais entre ceux qui ne boivent jamais et ceux qui boivent occasionnellement - quelques fois par semaine -, on ne peut pas se prononcer. Nous n'avions pas suffisamment de données pour tirer des conclusions.» Une question à débattre, donc. Peut-être autour d'un verre, pendant qu'il en est encore temps.

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