Le CHUL mijote un Viagra au féminin

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Le docteur Fernand Labrie et son équipe du... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le docteur Fernand Labrie et son équipe du CHUL croient que la molécule de DHEA pourrait améliorer la sensibilité, la lubrification, l'orgasme et agir sur la sécheresse lors de l'acte sexuel.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) Le traitement des symptômes de la ménopause pourrait bientôt être révolutionné par une nouvelle méthode mise au point par l'équipe du Dr Fernand Labrie, du CHUL. Sans effet secondaire connu, ce qui est déjà un net avantage sur l'hormonothérapie à l'oestrogène, la molécule utilisée pourrait même agir comme une sorte de «Viagra au féminin»...

Dans trois articles publiés dans le dernier numéro de la revue médicale américaine Menopause, le Dr Labrie - et plusieurs autres chercheurs du CHUL, de la firme de Québec Endoceutics, et d'ailleurs au Québec et aux États-Unis - décrit les effets de la déhydroepiandrostérone, ou DHEA pour les intimes. La DHEA est une substance dérivée du cholestérol impliquée dans la fabrication de plusieurs hormones.

Jusqu'à maintenant, a expliqué le Dr Labrie lors d'un entretien téléphonique avec Le Soleil, les seuls traitements pour contrer les symptômes de la ménopause ont été à base d'oestrogène. Cela semblait plein de bon sens a priori, puisqu'une caractéristique de la ménopause est que les ovaires cessent de produire cette hormone.

Or, rappelle le chercheur, il a été démontré ces dernières années que la prise d'oestrogène après la ménopause augmentait les risques de cancer du sein et d'accidents cérébro-vasculaires, entre autres effets secondaires. En outre, si toutes les femmes connaissent une baisse de leurs taux d'oestrogène passé un certain âge, elles ne sont «que» 75 % à ressentir des symptômes désagréables. Le quart restant ne les perçoit pas, même si ces femmes ne sécrètent pas plus d'oestrogène que les autres.

Du point de vue hormonal, explique le Dr Labrie, la différence entre ces deux groupes est leur production de DHEA. Celle-ci diminue aussi à la ménopause, mais «le corps n'a pas de jauge interne pour la DHEA, comme on en a par exemple pour la température du corps ou pour l'oestrogène, dit-il. Alors les quantités de DHEA sécrétées varient énormément d'une femme à l'autre». Celles qui en produisent encore en quantité relativement grande après la ménopause, soit 25 %, ne montrent pas ou peu de symptômes, alors que les 75 % qui n'en sécrètent pas suffisamment voient leur qualité de vie se détériorer de manière variable.

L'équipe du Dr Labrie a donc testé l'application intravaginale quotidienne de DHEA sur 216 femmes ménopausées, dont beaucoup vivent à Québec, pendant 12 semaines. L'objectif était d'abord d'en mesurer les effets sur un symptôme courant de la ménopause, l'«atrophie vaginale», qui est une diminution de la muqueuse vaginale pouvant s'accompagner de douleur, d'infection et de dysfonction sexuelle. Or non seulement la DHEA s'est avérée efficace pour traiter l'atrophie, mais les sujets de l'expérience ont également montré une amélioration de 68 % pour la sensibilité, de 39 % pour la lubrification, de 75 % pour l'orgasme et de 57 % pour la sécheresse durant l'acte sexuel.

Le tout, souligne le Dr Labrie, sans effet secondaire puisque les quantités de DHEA impliquées se trouvent naturellement chez beaucoup de femmes ménopausées. «Ce n'est pas naturel pour une femme qui a passé sa ménopause d'avoir de l'oestrogène dans la circulation de façon systémique, mais ça l'est d'avoir encore certains niveaux de DHEA. Donc, ce qu'on a fait, c'est d'en donner aux femmes qui avaient des symptômes d'atrophie vaginale, et les résultats ont été remarquables», commente le chercheur. [...] On est les premiers à faire ça. Les études qui sont publiées là sont vraiment les premières à démontrer de façon très claire que les femmes qui ont ces symptômes-là [et d'autres aussi]» bénéficient d'un traitement à la DHEA.

L'éditorial de la revue Menopause est d'ailleurs consacré à la découverte du Dr Labrie. Le gynécologue de l'Université Brown John E. Buster y écrit que ses travaux l'ont «convaincu» qu'un déficit en DHEA mène à une «détérioration de la qualité de vie des femmes ménopausées», soulignant au passage le «professionnalisme et la persévérance» de l'équipe de chercheurs.

Les tests menés par le Dr Labrie et al. étaient des essais cliniques de phase 3. La prochaine étape avant une éventuelle commercialisation sera de conduire un nouvel essai de phase 3 de plus petite envergure pour confirmer les résultats du premier, et de faire une étude de sécurité pendant entre 6 et 12 mois.

«Ce sera la première fois que cette molécule-là sera mise en marché, même si la molécule existe depuis des millions d'années.»

Le marché potentiel, on s'en doute, est gigantesque - d'autant plus que les effets bénéfiques de la DHEA sur d'autres symptômes de la ménopause, comme la perte osseuse et l'obésité, ont déjà été démontrés. «On ne sait pas encore (où la molécule pourrait être usinée), mais on n'est pas contre l'idée de fabriquer à Québec. Ça reste dans les plans.»

Plus placebo que chimique?

Le collègue du Dr Labrie à l'Université de Montréal, le gynécologue Serge Belisle, se montrait cependant un peu moins enthousiaste.

«Les résultats de l'étude dans Menopause démontrent un effet modeste sur la sexualité ainsi qu'un effet placebo important. Comme la majorité des femmes étudiées présentaient de l'atrophie génito-urinaire au départ, il n'est pas surprenant que l'amélioration de ce problème se traduise par une santé sexuelle améliorée.

«Il aurait été intéressant d'avoir une étude contrôlée avec les oestrogènes topiques, qui produisent aussi une amélioration importante de l'atrophie génitale, pour vraiment dissocier les effets spécifiques du DHEA (qui peut se convertir et en oestrogènes et en androgènes) de celui de la composante oestrogénique», nous a écrit Dr Belisle lors d'un échange de courriels. 

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