«Environ deux millions d'enfants meurent chaque année dans les pays pauvres par manque d'eau potable. [...] Pourtant, le chrysotile-ciment offre une possibilité unique pour répondre à ce drame : faible coût, faible consommation d'énergie, faible impact environnemental, durable, résistant aux températures exotiques et à l'humidité», a déclaré le président de l'Institut de l'amiante, Clément Godbout, hier matin lors d'un brunch-conférence du Mouvement ProChrysotile québécois.
«De plus, dans de telles conditions avantageuses, la fabrication sur place de tuyaux en chrysotile-ciment pour fournir l'eau potable est possible, faisable et souhaitable car elle est essentielle pour sauver des vies et en améliorer la qualité», a-t-il enchaîné.
Lors de cette activité, M. Godbout et le médecin Jacques Dunnigan ont tenté de présenter un autre visage du minerai que celui qui a été montré dans les médias depuis que le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, a lancé un appel à l'interdiction ce printemps.
Lors de son allocution, le Dr Dunnigan a répété que le chrysotile, dont Thetford Mines et Asbestos sont les deux dernières villes productrices au pays, ne présentait aucun risque mesurable pour la santé des travailleurs et du public lorsqu'il était utilisé de façon sécuritaire et a ajouté qu'en deçà de la norme d'exposition d'une fibre par centimètre cube, il n'y avait aucun excès de risque de maladies pulmonaires.
«L'usage sécuritaire, ce n'est pas une fiction, c'est la réalité!, a-t-il lancé, présentant les résultats d'une étude démontrant que 99,8 % des employés de 47 usines de 12 pays utilisant le chrysotile pratiquaient leur métier dans un environnement où la quantité d'amiante dans l'air ne dépassait pas une fibre par centimètre cube.
Clément Godbout a également blâmé la CSST, qu'il accuse de participer à une croisade anti-amiante en ne donnant aucun détail lorsqu'elle diffuse à chaque automne le nombre de décès liés à l'amiante.
Appui de Lessard
Également présent à l'activité, le ministre des Affaires municipales et député de Frontenac, Laurent Lessard, a poussé la réflexion un peu plus loin en favorisant l'utilisation de l'amiante chrysotile au Québec.
«Nous mettons déjà de l'asphalte contenant du chrysotile sur nos routes et, à Saint-Hyacinthe, il y a un bâtiment construit selon les normes environnementales LEED qui utilise des tuyaux de chrysotile-ciment. À Québec, la tour à côté de Place de la Cité utilise également de tels tuyaux. Éventuellement, on devrait arriver à convaincre les gens que c'est le meilleur matériau et, peut-être, en venir à le fabriquer ici plutôt que de devoir l'importer», a-t-il conclu.
Opposants pas convaincus
Si on en croit Kathleen Ruff, de l'Institut Rideau, il faudra beaucoup plus que les déclarations du docteur Jacques Dunnigan et de Clément Godbout hier pour convaincre les opposants à l'extraction et à l'exportation de l'amiante chrysotile.
«C'est comme dans le dossier des changements climatiques. Il y a une minorité de scientifiques qui nient le réchauffement planétaire alors que le consensus est plutôt que le phénomène existe. Concernant l'amiante chrysotile, le consensus dans la communauté scientifique est qu'il est mortel et qu'il n'existe aucun seuil d'exposition sécuritaire», a déclaré Mme Ruff hier après-midi.
Pas réellement bon marché
Cette dernière n'achète pas non plus la thèse voulant que le chrysotile puisse sauver des vies en raison du faible coût des tuyaux de chrysotile-ciment utilisés pour transporter l'eau potable dans les pays en développement. «C'est simple, l'amiante n'est bon marché que si on ne suit pas les règles de sécurité!», a-t-elle poursuivi.
Mme Ruff accuse aussi le docteur Jacques Dunnigan de mentir lorsqu'il déclare que le chrysotile-ciment est totalement sécuritaire. «Lorsqu'on le scie avec une scie électrique ou mécanique, ce produit dégage dans l'air des concentrations de fibres encore plus élevées qu'une fibre par centimètre cube. Et la réalité, c'est que les pays pauvres ne disposent pas des outils pour scier ces produits de façon sécuritaire.»
«L'Association médicale canadienne, la Société canadienne du cancer, l'Organisation mondiale de la santé et le Congrès du travail du Canada demandent tous que l'amiante chrysotile soit interdit. Ces organismes ne sont pas stupides et n'ont pas tort!» conclut-elle.











