Dans une lettre, ils demandent à M. Charest de prendre acte des avis des organisations québécoises, canadiennes et internationales, selon qui toutes les formes d'amiante sont dangereuses pour la santé publique.
Soutenant que le Québec n'utilise pratiquement pas d'amiante malgré les grands projets d'infrastructure en cours, les 102 signataires ont exigé du premier ministre qu'il empêche l'exportation du minerai, notamment dans les pays en voie de développement.
Ils ont aussi demandé que le gouvernement québécois cesse de soutenir financièrement les activités d'un institut chargé de la promotion de ce produit, réputé pour ses propriétés ignifuges.
Un des signataires, le médecin Fernand Turcotte, professeur émérite de santé publique à l'Université Laval, s'est dit frappé par le double discours de M. Charest, dont les prises de position environnementales sont connues sur la scène internationale, alors qu'il tolère l'utilisation d'un produit reconnu comme un cancérigène.
«Noblesse oblige, a-t-il dit. La notoriété commande qu'il aligne une position qui est contradictoire, notamment dans celle que nous avons vis-à-vis l'amiante, pour tenir compte de ça aussi.»
Dangereux ou sécuritaire?
M. Turcotte a dénoncé la position québécoise dont M. Charest s'est fait l'écho, encore tout récemment, lorsqu'il soutenait que l'amiante est sécuritaire.
«On se comporte comme une bande d'hypocrites, a-t-il dit. On ne veut pas voir cette cochonnerie-là dans nos bâtiments, parce qu'elle est dangereuse. Et quand il y en a, on l'enlève. Mais on se retourne et, de l'autre côté, on vend ça au monde en disant que c'est parfaitement sécuritaire.»
Les médecins, chercheurs et experts en santé publique et en environnement qui ont signé la lettre profitent d'ailleurs de la prochaine mission économique de M. Charest en Inde, où l'amiante se classe au troisième rang des exportations québécoises dans ce pays, pour lui demander de démontrer l'intégrité du Québec.
«Accepter de faire dorénavant prévaloir la preuve incontestable du danger de l'amiante pour la santé, établie par tant d'experts de la santé, sur les représentations de l'industrie de l'amiante, serait un premier geste», écrivent-ils.
Après avoir reçu leur lettre, le bureau de M. Charest a indiqué, jeudi, que le premier ministre encourage les pays utilisant l'amiante chrysotile à ratifier la convention de l'Organisation internationale du travail régissant l'utilisation sécuritaire du minerai.
«On fait la promotion de l'utilisation sécuritaire et il y a plein de mécanismes avec lesquels l'industrie travaille à ça, a déclaré Hugo D'Amours, l'attaché de presse du premier ministre. Mais c'est évident que ceux qui achètent l'amiante ont une responsabilité.»
Mortalité des travailleurs
Les experts scientifiques soulignent dans leur lettre que l'exposition à l'amiante est la première cause de mortalité des travailleurs québécois. Ils réclament que M. Charest empêche l'exportation de «cette tragédie de santé publique», notamment dans les pays comme l'Inde.
Selon M. Turcotte, considérant que le Québec peine à établir une utilisation sécuritaire de l'amiante, il est improbable que ces pays ont les moyens de le faire.
«On est incapables, nous-mêmes, dans notre propre pays, en dépit du degré très raffiné de contrôle des expositions des travailleurs, de mettre en pratique l'utilisation soi-disant sécuritaire de ce matériau», a-t-il dit.
De plus, les signataires souhaitent que Québec cesse de financer l'Institut du chrysotile, dont les activités de promotion de l'amiante ont bénéficié d'une subvention provinciale de 600 000 $, en 2008.
Citant les 612 nouveaux cas de maladies associées à l'amiante recensés en 2004, ils demandent aussi au chef du gouvernement de s'attaquer à cette «épidémie».
Des chiffres de la Commission de la santé et sécurité du travail (CSST) indiquent qu'au cours des dernières années, les maladies reliées à l'amiante sont la principale cause de décès des travailleurs québécois. Par exemple, en 2008, sur 127 décès, près de la moitié, soit 58, ont été causés par l'amiante.
Pierre Turgeon, porte-parole de la CSST, a cependant affirmé qu'il est impossible de décrire la situation comme une épidémie, notamment parce que l'âge des victimes indique qu'elles ont été exposées à l'amiante à une époque où les mesures sécuritaires étaient insuffisantes.
«La plupart des victimes sont âgées de plus de 70 ans, a-t-il indiqué. Ces décès résultent d'une exposition passée à de l'amiante et des fibres d'amiante. Médicalement, on dit que ça prend entre 15 et 40 ans entre le moment d'exposition et l'apparition de la maladie.»
Selon la lettre des 102 experts, l'Association médicale du Canada, la Société canadienne du cancer et l'Organisation mondiale de la santé sont parmi les organisations à s'être prononcées contre l'utilisation et l'exportation de l'amiante.











