Ça prend de la volonté de la part de la mairie pour amener un règlement comme ça dans les parcs», a déclaré mercredi Nathalie Juteau, du Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS).
Si plusieurs jugent excessif d'empêcher des gens de fumer alors qu'ils sont en plein air, le maire de L'Ancienne-Lorette, Émile Loranger, invoque le bon sens. «Ce sont des enfants qui vont jouer là, a-t-il fait remarquer en entrevue. Quel exemple donne-t-on aux enfants? On fait des campagnes pour ne pas consommer de tabac et pour leur montrer que c'est nocif, et on leur fume dans la face! C'est un peu bizarre.»
Les contrevenants risquent des amendes variant entre 100 $ et 300 $, montants qui peuvent doubler en cas de récidive. «Le but n'est pas de donner des contraventions», a toutefois souligné M. Loranger, mais bien d'empêcher que les jeunes soient exposés à de mauvaises habitudes et à de la fumée secondaire.
La porte-parole du CQTS a d'ailleurs insisté sur ce dernier aspect. «Les études sont claires à cet effet, a dit Mme Juteau. C'est aussi nocif à l'extérieur qu'à l'intérieur.»
Reste à voir si le règlement passera l'épreuve des tribunaux s'il y est un jour soumis.
Rampe du tribunal
«Tout règlement doit passer la rampe du tribunal à un moment donné pour être validé et on traversera le pont quand on arrivera à la rivière», a dit M. Loranger tout en se demandant si «un juge viendra nous dire: ?on veut que tu continues à polluer la santé des enfants?.»
Flory Ducas, de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac (CQCT), ne s'en inquiète pas. «La Loi sur le tabac habilite les municipalités à aller au-delà des restrictions provinciales, a-t-elle assuré. C'était un des enjeux qui avaient été discutés en 2005 lorsque la loi a été amendée.»
Et l'efficacité de telles mesures ne fait aucun doute, d'après Mme Ducas. «Les interdictions de fumer dans les lieux publics, dans les milieux de travail font la joie des travailleurs et du public, a-t-elle dit. C'est une mesure de santé publique qui a des effets immédiats au niveau de santé mais aussi qui aide les fumeurs à cesser de fumer.»
La Société canadienne du cancer abonde dans le même sens. Comme fumer demande toujours davantage d'efforts, de plus en plus de fumeurs décident d'écraser, y dit-on.
Exemple à suivre
Le CQTS et les autres organismes espèrent maintenant que plusieurs municipalités suivront l'exemple de L'Ancienne-Lorette.
«C'est un très bon exemple, a affirmé Nathalie Juteau. Si L'Ancienne-Lorette le fait avec succès, il va peut-être y avoir un effet de dominos. Mais, très certainement, on va la citer en exemple.»
D'ailleurs, le Conseil pourrait bien en faire mention dans le document qu'il déposera à l'automne à l'Assemblée nationale dans le cadre de la révision de la Loi sur le tabac.
«Une des recommandations qu'on fait, c'est justement d'aller au niveau de la fumée secondaire par rapport aux espaces extérieurs, principalement les terrasses et les abribus», a dit Mme Juteau.
Ailleurs
Si L'Ancienne-Lorette est la première municipalité du Québec à aller aussi loin, d'autres l'ont fait bien avant ailleurs au Canada de même qu'aux États-Unis, a souligné la codirectrice de la CQCT.
«C'est comme ça que ça s'est passé partout ailleurs en Amérique du Nord. C'est vraiment municipalité par municipalité qu'on en est venu à des interdictions de fumer généralisées. Au Québec, on faisait un peu bande à part en allant de l'avant uniquement au niveau provincial.»
La Ville de Gatineau avait cependant tenté de faire sortir la cigarette des bars et restaurants avant même que le gouvernement ne le fasse, a-t-elle noté.
Et, comme à l'époque, certains s'opposeront à ce qu'on s'en prenne encore aux droits des fumeurs.
«Quand il y a eu l'interdiction complète de fumer dans les bars et les restaurants, on a eu beaucoup de poches de résistance, les gens ne pouvaient pas concevoir qu'on ne puisse plus fumer dans des bars le soir, a rappelé Mme Juteau. Et là ça va faire tout près de quatre ans que la mesure a été adoptée et personne ne penserait à retourner en arrière.»
«Si quelqu'un veut fumer dehors, il peut fumer dans la cour chez eux», a lancé le maire Loranger.











