Système de santé: le scénario de ticket modérateur écarté

Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) Le gouvernement Charest a décidé d'écarter le scénario d'un ticket modérateur à la Castonguay de l'étude qu'il mènera sur une «franchise santé». En 2008, le rapport Castonguay avait proposé qu'un patient paye 25 $ par visite médicale.

«J'écarte le ticket modérateur de 25 $», a déclaré, au Soleil, mercredi, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand.

Sa collègue du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, qui était à ses côtés lors de cette entrevue éditoriale, a laissé entendre que ce n'est pas le montant qui est en cause, mais bien la formule proposée par Claude Castonguay.

«Ce n'est pas le scénario que le premier ministre envisage», a-t-elle clairement annoncé, sans cependant fournir davantage de détails sur la future «franchise santé», baptisée «ticket modérateur-orienteur» par d'autres.

Le tableau figurant à la page 27 du document budgétaire portant sur le système de santé québécois n'a donc plus qu'une valeur théorique à leurs yeux - même s'il s'appuie sur le rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé.

Quelques heures avant cette entrevue, le député du Parti québécois Bernard Drainville s'était servi de cet exemple pour malmener les troupes libérales. Une femme enceinte paiera 25 $ chaque fois qu'elle retournera voir son médecin pour assurer le suivi de sa grossesse, avait-il assené.

«Ça va être la même chose pour les gens atteints du cancer, les gens atteints du diabète. Plus tu es malade, plus tu paies.»

Mais attention : si Raymond Bachand et Monique Gagnon-Tremblay rejettent le scénario déjà proposé par Claude Castonguay, l'idée d'une «franchise santé», elle, n'est pas du tout abandonnée.

Les deux ministres se disent persuadés de sa nécessité. D'abord pour responsabiliser les citoyens sur leur utilisation des soins de santé. Ensuite, pour les inciter à utiliser les services de première ligne.

Il faudra faire en sorte que cette franchise n'enfreigne pas la Loi canadienne sur la santé, auquel cas les transferts d'Ottawa vers Québec pourraient être amputés.

Amir Khadir, de Québec solidaire, et le groupe de Médecins québécois pour un régime public envisagent d'ailleurs déjà de contester la légalité d'un éventuel ticket modérateur ou orienteur.

À l'Assemblée nationale, mercredi, il n'y a pas que cet éventuel ticket qui a fait bondir les partis d'opposition. Il y a surtout la très concrète et plus immédiate «contribution santé» de 25 $ que chaque adulte paiera cette année, une somme qui grimpera à 200 $ par an en 2012. Elle a été jugée «régressive» par les trois partis d'opposition.

Pour la chef péquiste, «en allant chercher plus de 1300 $ par année dans les poches des familles», le budget Bachand menace la qualité de vie des Québécois.

«Le premier ministre taxe comme il respire», a lancé Pauline Marois dans une formule-choc.

«Mais de toutes les taxes imposées, c'est la taxe sur la santé qui est la plus odieuse. Le premier ministre paiera le même montant qu'un jeune adulte qui vient d'arriver sur le marché du travail ou une femme chef de famille monoparentale qui gagne 24 000 $ par année.»

«Est-ce que c'est équitable, ça?» a repris le chef adéquiste, Gérard Deltell.

Au Soleil, le ministre des Finances a fait valoir que le système de santé, qui accapare 45 % du budget de 62,5 milliards $ de l'État, «est déjà largement financé par les impôts» sur le revenu des particuliers.

Cette contribution de 200 $ par an et par adulte est un «choix qu'on a fait», a dit M. Bachand. «On a choisi de ne pas monter les impôts sur le revenu parce que c'est ce qu'il y a de plus nocif pour l'économie.» Il a rappelé que le nouveau crédit d'impôt pour la solidarité permettra «de protéger les gens à faible revenu».

Pour Jean Charest, le budget 2010-2011 est «fondateur». «C'est un budget qui est courageux», a-t-il analysé au Salon bleu. «C'est un budget qui amène tous les Québécois à regarder vers l'avenir. C'est un budget qui fait en sorte qu'on arrête de payer sur la carte de crédit de nos enfants. On va pouvoir regarder nos enfants dans les yeux et leur dire qu'on a pris les bonnes décisions.»

Le financement du système de santé sera la grande bataille politique des prochains mois.

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