Santé mentale: l'approche à domicile fait mouche

Claudette Samson
Le Soleil

(Québec) Une intervention en santé mentale plus efficace, qui enchante les patients et leur famille, et qui coûte beaucoup moins cher que l'hospitalisation. Trop beau pour être vrai?

Ce n'est en tout cas pas l'enthousiasme qui manque au sein du programme de traitement intensif bref à domicile (TIBD), mis sur pied à Québec l'été dernier. Cette approche utilisée pour la première fois dans la province a pour but de réduire les hospitalisations des personnes psychotiques. Et pour l'instant, les résultats dépasseraient les attentes.

Après les désillusions de la désins­titutionnalisation, il y a là un véritable succès, selon la chef d'équipe Esther Gagnon, et la directrice clinique du programme mis sur pied par l'Institut universitaire en santé mentale de Québec, la psychiatre Anne-Pierre Bouffard. En fait, celles-ci dirigent une demi-équipe composée de sept infirmières, une intervenante sociale et de la Dre Bouffard. Ce groupe parvient à assurer une couverture de 8h à 22h du lundi au vendredi.

Situation de crise

L'équipe du TIBD travaille avec des personnes ayant besoin d'être hospitalisées pour cause de crise ou de désorganisation. Lorsque ces personnes et leurs proches sont d'accord, elles sont plutôt suivies à domicile, à raison de plusieurs visites par jour, selon les besoins, pendant quelques semaines, jusqu'à ce que la personne se stabilise.

Perçue de prime abord avec suspicion, surtout par les patients souffrant de paranoïa qui se demandent bien quel piège elle recèle, cette approche présente de nombreux avantages, expliquent les deux responsables en entrevue téléphonique. «L'hospitalisation est un événement traumatisant, autant pour le client que pour sa famille», dit la Dre Bouffard. Elle donne souvent lieu à de l'agressivité et à de la violence. En outre, le malade qui souhaite à tout prix éviter l'hôpital ou en sortir au plus vite aura tendance à cacher sa véritable condition, par exemple dire qu'il a recommencé à entendre des voix, ce qui ne permet pas d'améliorer son état. Mais lorsqu'il perçoit que l'aide qu'il reçoit tend justement à lui éviter l'hôpital, il devient plus confiant. «Là, c'est l'inverse, les clients nous appellent», dit Mme Gagnon.

Depuis août, 56 personnes ont été suivies. De ce nombre, huit ont finalement dû être hospitalisées, mais les autres ont évité cette épreuve après un temps moyen d'intervention de 25 jours. Mais surtout, disent Mmes Gagnon et Bouffard, les commentaires des clients et des patients sont extrêmement positifs.

En Angleterre, où ce programme a d'abord été élaboré et où il est maintenant généralisé, les admissions en psychiatrie ont été réduites de 20 à 30 %. À la lumière des bons résultats obtenus ici, la Dre Bouffard espère maintenant que cette approche sera élargie, d'autant plus qu'elle coûte moins cher et permet d'alléger la pression sur les urgences.

À cet égard, elle reconnaît que l'urgence psychiatrique de l'Enfant-Jésus est toujours engorgée, mais elle estime que la situation aurait été pire sans le programme.

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