Gilles Kègle et son équipe effectuent des visites à domicile chez des personnes sans ressources ou famille.
Le Soleil, Martin Martel
C'est armé de ventilateurs, de boissons désaltérantes et de compresses d'eau froide que l'infirmier de la rue s'attaque à son habituelle tournée des malades ces jours-ci. Objectif : arriver à temps avant que la chaleur ait eu raison des plus faibles.
M. Lamontagne suait à grosses gouttes lors du passage du Soleil, jeudi après-midi. L'infirmier était inquiet: la tension artérielle est trop haute. «Un beau jour, je vais arriver ici et je vais le trouver mort», laisse tomber M. Kègle, endurci par 24 ans de présence auprès des plus démunis. D'ici là, pas un jour ne passera sans qu'il vienne le visiter.
Herman Darveau n'arrive pas à quitter son lit ces jours-ci. Sa chambre est un véritable four, mais l'homme de 89 ans s'entête à refuser qu'on lui installe un ventilateur. «Il a peur d'attraper une pleurésie», explique Gilles Kègle. Après un examen sommaire, l'infirmier décrète que la tension est bonne. «Je suis bon pour un autre 10 ans», s'exclame M. Darveau.
Logements exigus
Avec la canicule, il y a du pain sur la planche pour Gilles Kègle et son équipe de 70 bénévoles qui effectuent quelque 800 visites à domicile par jour. Le plus souvent dans des logements exigus, chez des personnes qui n'ont aucune ressource et encore moins de famille.
À plus d'une reprise, il est intervenu in extremis pour venir en aide à des patients en perte d'autonomie accablés par la chaleur. «J'ai installé une vingtaine de ventilateurs. Pour certains, heureusement que nous sommes allés chez eux parce qu'ils ne pensent pas toujours à s'hydrater», confie M. Kègle. Et les centres de rafraîchissement ne sont pas d'un bien grand secours pour cette clientèle qui ne peut pas se déplacer.
En trois jours, l'infirmier a organisé cinq transports en ambulance pour des personnes prises de graves malaises. Il a même trouvé un homme presque inconscient sur un banc en raison d'un coup de chaleur. «Les gens passaient à côté de lui et ne s'en rendaient même pas compte. Ils pensaient qu'il était saoul.» Devant le message lancé par les autorités de santé publique pour inciter les citoyens à aider leurs voisins les plus vulnérables, Gilles Kègle hausse les épaules. «Je ne suis pas sûr que les gens vont se préoccuper de leur voisin. Dans les HLM où je vais, les voisins ne se connaissent même pas. C'est chacun pour soi.»













