Bien qu'elle n'ait en main aucun élément lui permettant de relier ces événements précis aux conditions de travail, elle n'en constate pas moins la vive détresse psychologique de bon nombre des 3000 infirmières.
La présidente avait été informée de trois suicides survenus depuis un an et demi. Dans chaque cas, les informations obtenues lui laissaient croire qu'il n'y avait pas de lien avec le travail. Mise au fait par Le Soleil de la situation vécue par Diane (voir l'autre texte), elle comptait bien la valider.
Quant à l'attitude du bureau de santé du CHUQ, qui contesterait de nombreux diagnostics de médecins traitants, elle nuance un peu les propos rapportés au Soleil par une employée.
Il est vrai, dit-elle, qu'il y a eu beaucoup de contestations. «Nos gens avaient l'impression d'aller devant un tribunal.» Mais depuis un an et demi, elle juge que la situation s'est beaucoup améliorée. Un système d'arbitrage médical a été mis en place et le bureau de santé respecte davantage les décisions prises par les médecins des employés, explique-t-elle.
«Je ne veux pas dire que ça n'arrive plus de façon isolée, je ne pense pas qu'on a atteint un idéal. Il me semble que le bureau de santé devrait faire de la prévention et s'assurer que le personnel entre apte.»
Le point de rupture approche
Indépendamment des cas de suicides qui ont chacun leur histoire, Nancy Bédard constate toutefois que le point de rupture approche pour les infirmières qui sont très sollicitées par le temps supplémentaire obligatoire. «Chaque jour, j'en ai une dizaine en pleurs parce qu'elles viennent d'apprendre qu'elles ne pourront retourner à la maison après leur temps régulier de travail», relate-t-elle.
Pour plusieurs, il s'ensuit des problèmes conjugaux, des tensions dans les soins aux enfants. Les services de maternité, les soins intensifs et les urgences sont parmi les plus vulnérables.
À la maternité de Saint-François d'Assise, dit-elle, «c'est depuis l'hiver que les infirmières ont levé la main [pour dire qu'elles n'en peuvent plus], et là on est rendu l'été.»
Elle croit que la direction a manqué une occasion ce printemps au moment de l'affichage des postes, alors qu'elle aurait pu privilégier les unités plus fragiles.
Selon Mme Bédard, le système de santé est peut-être rendu au point où il faudrait faire des choix dans les services qui sont rendus, afin d'avoir le personnel nécessaire là où c'est le plus critique.
Elle a le sentiment que les «dirigeants d'hôpitaux sont dépassés». Quant aux salariés, ils n'en peuvent plus des comités et des réunions et veulent des solutions, clame-t-elle.
En entrevue télévisuelle, Mme Bédard a d'autre part indiqué qu'elle demandera au CHUQ de recourir à une firme externe pour évaluer le niveau de détresse psychologique de ses membres.













