Amiante: le ministre Bolduc aurait manqué à ses obligations de médecin

Le ministre de la Santé Yves Bolduc a... (Photothèque Le Soleil, Martin Martel)

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Le ministre de la Santé Yves Bolduc a appuyé la relance de la mine Jeffrey sous prétexte que l'amiante peut être utilisée de façon sécuritaire.

Photothèque Le Soleil, Martin Martel

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) En appuyant la relance de la mine Jeffrey sous prétexte que l'amiante pourrait être utilisée de façon sécuritaire, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a manqué aux «obligations professionnelles» qui viennent avec son statut de médecin, accusent une quinzaine de médecins dans une lettre envoyée aux médias.

«La soi-disant utilisation sécuritaire de l'amiante [...] est une chimère dépourvue de fondement, élaborée et propagée par un organisme intéressé et sans crédibilité scientifique, l'Institut du chrysotile», écrit le Dr Fernand Turcotte, professeur retraité de médecine sociale à l'Université Laval, au nom de 15 autres signataires.

«L'obligation professionnelle que vous partagez avec nous exige que nous dénoncions toute fraude scientifique susceptible de menacer la santé de la population. L'utilisation sécuritaire de l'amiante est une représentation frauduleuse en termes de protection de la santé publique et nous vous soumettons que vous avez le devoir de le faire comprendre à vos collègues du cabinet», conclut la lettre.

Au Québec, les articles 6 et 89 du Code de déontologie du Collège des médecins stipulent qu'un «médecin doit exercer sa profession selon des principes scientifiques» et qu'il doit, lorsqu'il s'adresse au public «informer la population des opinions conformes aux données actuelles de la science médicale sur le sujet». Notons à cet égard que, le mois dernier, le directeur de l'Institut national de la Santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier, a senti le besoin de rappeler au ministre que son institut avait examiné le problème «de différentes façons» et était parvenu à la conclusion qu'il n'existe pas d'usage sécuritaire de l'amiante.

Pas encore de plainte

En principe, un accroc au Code de déontologie peut donner lieu à une plainte, mais pour l'heure, le groupe de médecins n'envisage pas d'autres recours. «Dans un premier temps, ce qu'on veut, c'est que le ministre considère cette question-là sans la rejeter du revers de la main. [... On veut] lui offrir notre aide, finalement, pour affronter son Conseil des ministres qui, on comprend, est l'objet d'un lobby important», a expliqué au Soleil le Dr Yv Bonnier Viger, signataire de la lettre au nom de l'Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec.

Mais «si jamais il n'y avait pas de suite, on verra», a-t-il laissé tomber.

Au cabinet de M. Bolduc, cependant, on s'est montré peu impressionné par la lettre ouverte. «Sa position demeure la même», a indiqué son attachée de presse, Karine Rivard. «Le gouvernement prône l'utilisation sécuritaire de l'amiante, comme pour d'autres produits qui peuvent être dangereux mais qui, lorsque utilisés correctement, ne le sont pas.

Par exemple, le lave-vitre est un produit dangereux si on le boit, mais pas si on s'en sert correctement. [...] Oui, M. Bolduc est médecin, mais sa position est celle du ministre de la Santé et représente également celle de son gouvernement.»

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