C'est ce qu'a soutenu, mercredi, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, au cours d'une entrevue éditoriale au Soleil.
«Ce n'est pas une solution miracle. La mixité, c'est juste des problèmes. Un des problèmes que l'on a au Québec lorsque des médecins pratiquent dans le privé et le public, c'est qu'il se crée des listes d'attente qu'on n'est pas capable de régler. On l'a vu à Montréal en radiologie. Les médecins créent une pénurie dans le public pour pouvoir charger plus cher dans le privé», a-t-il affirmé.
Il a fait le même constat avec les échographies qui peuvent être faites à l'hôpital sans frais et dans une clinique plus rapidement moyennant des frais toutefois. «Des radiologistes téléphonent à d'autres pour les inviter à travailler dans le privé et pouvoir charger plus cher que dans le secteur public», a-t-il expliqué.
Selon le ministre, cette pratique mixte, qui n'est permise qu'aux radiologistes, fait en sorte qu'il manque de radiologistes parfois dans les hôpitaux, forçant des patients à débourser de leurs poches pour avoir une échographie plus rapidement dans une clinique privée.
«À Montréal, j'ai des [services d'] échographies qui ne fonctionnent pas. Pourtant, il y a du personnel pour s'en occuper, mais les radiologistes sont dans le privé parce qu'ils peuvent charger 200 $ pour une échographie», a déploré le Dr Bolduc.
Pour régler une partie du problème, le ministre veut que l'assurance maladie couvre les frais des échographies et des endoscopies réalisées dans le privé à l'avenir. Des négociations sont en cours à ce sujet. Au lieu de 200 $, un montant de 30 $ pour une échographie serait suffisant pour l'acte médical et les frais des radiologistes, selon le ministre.
Le chef de la Coalition avenir Québec n'a pas retenu tout le programme de l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui proposait la mixité de la pratique médicale. Lors de l'annonce de la fusion avec le parti de Gérard Deltell, François Legault a fait part plutôt de la mise en place d'un projet-pilote sur la rémunération mixte des médecins alors qu'il s'était opposé à cette avenue par le passé. «Le projet-pilote, c'était pour attacher l'ADQ», a dit M. Bolduc.
Aussi, le ministre de la Santé croit qu'il en coûtera plus cher si on abolit les agences régionales de la santé, comme le propose la CAQ.
«Ce que tu vas essayer de sauver dans les agences de santé, il va falloir que tu le mettes ailleurs. En plus, au niveau régional, ils font des affaires qui coûtent moins cher. S'ils enlèvent la régionalisation, ça ne sera pas moins cher. Ce sera plus cher. Ils [la CAQ] gèrent par sondage. Ça plaît à la population», a avancé M. Bolduc.
Plus de décisions à Québec
À son avis, en éliminant le palier régional, plus de décisions seront prises à Québec. «Si tu es en région, est-ce que tu voudrais que ce soit Québec qui prenne les décisions?» a-t-il demandé tout en se doutant de la réponse négative. Le budget total des agences régionales avoisine 100 millions $.
Par ailleurs, le ministre doute que M. Legault proposera de nouveau de sabrer 300 millions $ dans les frais payés aux pharmaciens pour financer les hausses de rémunération des médecins. «Ils disaient que les pharmaciens faisaient trop d'argent. J'ai hâte de voir s'ils vont nous ramener ça.»
Les négociations entre les pharmaciens et le gouvernement sur les tarifs payés aux pharmaciens sont rompues depuis quelques jours. En guise de moyen de pression, les pharmaciens ont suspendu leur participation à la mise en place de la transmission électronique des ordonnances en provenance de cliniques médicales. L'entente sur les tarifs n'a pas été renouvelée depuis deux ans.