Il y a un mois, Sony annonçait que son e-Reader est maintenant en vente chez Archambault, Future Shop, Best Buy et Bureau en Gros. Même la coopérative Zone de l'Université Laval le vend désormais. Et si on en croit Guy Séguin, porte-parole de Sony au Québec, cette annonce était attendue depuis longtemps. «En conférence de presse, j'avais l'impression d'être Bob Gainey qui annonçait le retour de Kovalev à Montréal, lance-t-il. L'engouement au Québec est retentissant.»
C'est qu'il a fallu attendre beaucoup plus longtemps que le reste de l'Amérique du Nord avant de pouvoir mettre la main sur ce petit bidule, offert en version française depuis peu. Mais Sony n'est pas le seul à se lancer à la conquête du marché québécois. Un autre lecteur, le Cybook de Bookeen, une société française, vient aussi de faire son apparition depuis quelques semaines. Un duel qui pourrait tourner à l'avantage du consommateur, qui se demandera certainement pourquoi dépenser plus de 300 $ alors que les librairies regorgent de bons vieux livres en version papier, toujours aussi agréables à lire dans le bain ou sous les couvertures.
Il y a donc le prix, d'abord, qui rebutera certainement plusieurs lecteurs assidus. Mais ce n'est qu'une question de temps avant que ces gadgets ne deviennent plus abordables, estime Éric Le Ray, auteur du livre La bataille de l'imprimé à l'ère du papier électronique et organisateur des Assises internationales de l'imprimé et du livre électronique. «D'ici cinq ans, le livre électronique sera le cadeau par excellence que l'on s'échangera sous le sapin de Noël, prédit-il. C'est inéluctable, c'est une technologie qui évolue très vite.»
Mais il ne suffit pas de passer à la caisse, encore faut-il avoir du contenu à mettre dans ce nouveau lecteur électronique. Jusqu'à tout récemment, le consommateur québécois devait se rabattre sur ce qui était vendu en ligne par des distributeurs américains ou français. Aux États-Unis, Amazon.com a rapidement pris le contrôle du marché des livres offerts en version électronique, en les vendant à une fraction du prix de l'édition papier (9,99 $US). Plus près de nous, le groupe Archambault a pris les devants en lançant en août la boutique en ligne www.jelis.ca, où 20 000 titres en français sont présentement accessibles en version numérique. L'objectif est d'offrir 50 000 ouvrages à télécharger d'ici décembre.
En début d'année, les éditeurs québécois se sont par ailleurs associés avec De Marque pour créer un «entrepôt numérique», qui permet d'offrir davantage de livres québécois en version électronique.
Mais il y a un hic. Encore une fois, le prix fait grincer des dents les consommateurs, qui s'attendent forcément à payer moins cher pour la version numérique. Or, les livres vendus sur www.jelis.ca sont à peine moins chers que les livres traditionnels. Le dernier roman d'Amélie Notomb est vendu exactement le même prix que sa version papier!
«Pour que ça marche, le livre électronique, il va falloir que les prix baissent. Présentement, on a l'impression de se faire avoir!» lance Jacqueline Labelle, une bibliothécaire qui a expérimenté pendant quelques semaines le e-Reader de Sony. Sans compter l'offre de contenu, qui reste encore limitée. Impossible, par exemple, d'acheter la version numérique du polar suédois Millénium sur le site jelis.ca.
Malgré ses réserves, Mme Labelle a toutefois été séduite par la convivialité de ce petit bidule et avoue qu'elle a maintenant bien du mal à s'en passer. Léger et agréable à trimbaler, le livre électronique permet de stocker une bibliothèque au complet dans le creux de la main. Plus besoin de transporter plusieurs romans encombrants pendant les vacances. Et le confort de lecture s'apparente maintenant à celui du papier, dit-elle.
Mais d'autres lecteurs n'ont pas attendu l'arrivée de cet appareil pour trimbaler leurs livres dans le fond de leur poche. Et surtout, ils n'ont pas voulu s'encombrer d'un deuxième gadget électronique. C'est pourquoi les lecteurs sont de plus en plus nombreux à utiliser l'écran de leur iPhone ou de leur BlackBerry pour lire le plus récent Dan Brown ou le dernier tome d'Harry Potter.
«Ce marché se développe à une vitesse phénoménale qui dépasse toutes nos prévisions», lance Michael Tamblyn, de Shortcovers, la filiale de vente de livres numériques développée par la chaîne de librairies Indigo. Depuis février dernier, Shortcovers vend des livres numériques dans une interface qui est accessible à partir d'un téléphone cellulaire. D'ici la fin de l'année, les ventes des livres en version électronique devraient représenter 5 % de toutes les ventes de la chaîne, un record puisque Indigo prévoyait atteindre ce seuil d'ici seulement quelques années.
Qui remportera donc la bataille que se livrent les écrans électroniques mobiles, que ce soit le iPhone, le BlackBerry, le e-Reader ou le Cybook? Plusieurs consommateurs avertis attendent plutôt les nouveaux modèles de liseuses électroniques qui pourront se connecter directement à Internet, comme le Kindle DX d'Amazon qui n'est offert qu'aux États-Unis. Et d'autres espèrent toujours le «iPod de la littérature», une tablette de lecture multimédia sur laquelle plancherait Apple, si on en croit les rumeurs qui circulent sur le Web.
Mais pour Michael Smith, directeur général du International Digital Publishing Forum, le gadget électronique en soi a peu d'importance. «Tout dépend des besoins de chacun, dit-il. Pour plusieurs personnes, l'appareil qui répond à leurs besoins est déjà là . Certains vont préférer lire sur leur iPhone parce qu'ils trimbalent déjà tout le temps ce petit appareil, d'autres vont préférer des écrans plus larges... Peut-être qu'il n'y aura pas de gagnants, seulement différents produits pour répondre aux différents besoins.»














