Nassim Nicholas Taleb a publié en 2007 Le cygne noir : la puissance de l'imprévisible, qui a remporté un succès énorme. Son livre repose sur l'idée que les événements aléatoires et hautement improbables sont aussi ceux qui ont le plus d'effet sur notre vie.
Il encourage ses lecteurs à se préparer, à défaut de le prévoir, à l'imprévisible afin de saisir les occasions qui en surgissent.
Même si la malheureuse dinde est une meilleure métaphore pour son propos, l'auteur a plutôt choisi le cygne noir pour incarner l'imprévu. Avant qu'un naturaliste anglais découvre le premier spécimen en Australie, en 1790, tous croyaient que les cygnes étaient blancs, sans exception.
Selon la définition qu'en fait Taleb, un «cygne noir» est un événement qui répond à trois conditions : il est imprévisible; il engendre des conséquences majeures; on lui trouve, après coup, une explication afin de lui donner une apparence de prévisibilité.
Étudier le passé
Comment vivons-nous, donc, l'imprévisible? Quoi qu'en pense Nassim Taleb, on n'a guère le choix que de commencer par étudier le passé. «La notion de risque est fondamentale dans notre gestion des aléas climatiques», rappelle Alain Mailhot, chercheur à l'INRS Eau, Terre, Environnement.
«Quand on parle de risques, on peut voir des similitudes entre le monde financier et le climat, mais les modèles climatiques sont basés sur des processus physiques, pas sur des réactions humaines, comme aller encaisser un profit ou vendre ses actions.»
Les chercheurs utilisent des modèles climatiques complexes, dit-il, et il faut constamment les mettre à jour, à partir de nouvelles observations. «On simule le futur climatique à partir de tout ce qu'on sait de la physique, de la chimie. On simule la Terre, puis on met les gaz à effet de serre là-dedans et on regarde ça évoluer.»
La gestion de risque doit se faire de façon méthodique, indique aussi Caroline Larrivée, coordonnatrice du volet transport, infrastructures et sécurité pour le programme d'étude et de recherche sur les effets des changements climatiques.
L'Association canadienne de normalisation a mis au point une approche par gestion de risque qui peut être appliquée à n'importe quel domaine. La norme prévoit une série d'étapes et de mesures précises, et elle est appliquée aux changements climatiques depuis la fin des années 90.
«On regarde le passé, mais on essaie aussi d'anticiper des risques potentiels, identifier des seuils à partir desquels un risque devient trop gros pour être géré par une municipalité ou un organisme seul. Ça peut être le niveau d'une rivière, ou une accumulation de pluie.»
Reste alors à voir comment contrôler ce risque, l'éviter, en limiter les impacts, puis évaluer le risque résiduel qu'on ne peut éviter. «Ensuite, on refait l'exercice, plusieurs fois, à mesure que le climat change et que nos connaissances s'améliorent. On recommence.»
L'art de s'accommoder
Des événements extrêmes ne demandent pas obligatoirement des mesures extrêmes. Comme on ne peut pas pallier tous les risques, il faut trouver des façons réalistes de s'en accommoder, et Hydro-Québec l'a appris après la crise du verglas de 1998.
«On a cherché des façons d'éviter les effets dominos au niveau des poteaux», explique Louis-Olivier Batty, porte-parole de la société d'État. «L'IREQ [Institut de recherche d'Hydro-Québec] nous est arrivé avec une solution très simple. Si la ligne devient trop lourde, le câble décroche du poteau. Il est beaucoup plus simple et rapide de remettre un câble que de planter des poteaux. On minimise ainsi les dommages, les coûts et on accélère le rétablissement du service.»
Hydro-Québec a d'ailleurs créé une unité d'évaluation des risques et des menaces. Elle se penche sur les risques d'incendies, de méfaits, d'atteinte à la propriété intellectuelle ou de cybercriminalité, par exemple.
«On s'est aussi préparé à la grippe H1N1, ajoute M. Batty. On a eu un aperçu au printemps et on se prépare pour une recrudescence à l'automne.»










