Deux médecins québécois qui font carrière aux États-Unis estiment avoir mis au point une technologie taillée sur mesure pour répondre à un des besoins en santé les plus criants, disent-ils, pour cette génération du grand nombre.
Daniel P. Vézina et son collègue Georges Desjardins, tous deux diplômés de la faculté de médecine de l'Université Laval, ont mis au point un appareil qui permet de sonder le coeur du patient pendant les interventions chirurgicales, en se servant de petits capteurs, collés sur la peau du patient.
Joint à Salt Lake City, dans l'Utah, le Dr Vézina souligne que le profil des patients qu'ont à suivre les anesthésistes est fort différent d'il y a 10 ans. Dans certains cas, des chirurgies étaient refusées, en raison de problèmes au coeur.
Avec les enfants de l'après-guerre, «les patients veulent quand même leur chirurgie de la hanche, de la prostate ou toute autre», poursuit le médecin. Plusieurs présentent des lacunes cardiaques et «la majorité développera des complications cardiaques pendant son séjour à l'hôpital».
Le système dont il fait la promotion «s'adapte à la condition cardiaque des patients en salle d'opération et lors du séjour aux soins intensifs». Cela permet de mieux intervenir pendant l'opération, de diminuer la durée de la convalescence dans les murs de l'hôpital et aussi d'éviter des réadmissions dans l'établissement, avance-t-il.
Le Dr Vézina décrit l'appareillage comme simple et peu dispendieux. Les senseurs obtiennent les données de manière «non invasive», sans aiguille ou tube. «Les informations sont intégrées dans un protocole clinique» que MM. Desjardins et Vézina ont mis au point au cours de la dernière décennie.
Selon le Dr Vézina, l'appareil coûte 30 000 $ pièce; par la suite, c'est 75 $ par patient pour un problème qui peut coûter autrement des dizaines de milliers de dollars, si le patient doit s'en remettre à un régulateur cardiaque dernier cri.
Les économies qu'il entrevoit pour les systèmes de santé ont de quoi faire rêver les ministres de la Santé des pays occidentaux, tous aux prises avec le vieillissement de la population.
À l'échelle des États-Unis, les coûts liés à l'insuffisance cardiaque «périopératoire» atteignent 35 milliards $ chaque année, évalue Guardsman Scientific, la compagnie dont M. Vézina est le pdg. Le recours à la technologie proposée diminuerait de 14 milliards $ cette facture, mentionne la même estimation.
Il faut doubler les chiffres lorsque les projections tiennent compte du Japon et des pays de l'Europe, indique Daniel Vézina. À l'échelle du Québec, il soutient que ces problèmes du coeur représentent un coût de 350 millions $ par année, pouvant être réduit, dit-il, de 140 millions $.
Un de ses collègues de l'Université Laval se rappelle que le Dr Vézina «s'est rapidement distingué par ses travaux sur l'échographie cardiaque». Celui-ci n'hésite pas à vanter la formation académique qu'il a reçue ici. Il mentionne qu'il sonde le terrain pour évaluer la possibilité de bâtir au Québec une usine de fabrication de composantes ou d'assemblage qui desservirait l'Amérique du Nord.
Son président et directeur général a commencé à sillonner le monde pour obtenir le financement nécessaire. Il y a deux semaines, il était au Japon, par exemple. M. Vézina informe qu'il a entrepris des contacts pour qu'un fonds comme Teralys Capital, qui regroupe le Fonds de solidarité, la Caisse de dépôt et placement et Investissement Québec, soit de l'aventure, tout en étant conscient que Teralys n'investit pas directement dans des entreprises.
Conjoncture favorable
La conjoncture est favorable à Guardsman Scientific qui a reçu récemment un prix comme innovateur et investisseur. La génération née entre 1946 et 1966 représentera «la majorité des patients dans les salles d'opération, dans 5 à 10 ans», soutient son pdg.
La conjoncture politique l'est aussi. Même si le président américain, Barack Obama, a toutes les difficultés à imposer sa réforme du système de santé, Daniel Vézina prédit que, «maintenant ou plus tard, nous nous en allons vers une médecine basée sur la performance.
«Ce n'est pas un prérequis pour la réussite» de Guardsman Scientific, indique-t-il, lors de l'entrevue téléphonique. «Mais, à partir du moment où ça va passer - et ça va passer -, cela va créer une injection stéréodinienne dans la compagnie.»











