«Quand je l'ai rencontrée pour la première fois, en mai 2009, elle ne se souvenait plus qui j'étais après cinq minutes. Maintenant, elle se souvient des nouveaux étudiants du labo, et souvent de leurs noms», a relaté Dr Cyril Schneider, chercheur en neurosciences à la faculté de médecine de l'Université Laval, lors d'une entrevue avec Le Soleil.
Deux ans auparavant, un chauffeur ivre avait percuté la voiture dans laquelle la jeune femme, Éliane Parent, prenait place avec des amis pour aller fêter ses 18 ans. Après un coma de deux mois, rapportait hier le Globe and Mail à sa une, elle se réveille dans un monde où tout lui est étranger, parce que sa mémoire ne se rappelle plus la moindre parcelle des 18 années de vie qui ont précédé l'accident. Aucun souvenir de sa famille ne lui revient. Ni de son ami de coeur. Ni de son enfance. Ni de son patelin de Val-David. Le néant.
Contact perdu
«Elle a eu un écrasement des tissus qui a fait mourir des cellules, décrit Dr Schneider. Quand cela se produit, on a des poches de liquide céphalorachidien qui nourrissent le cerveau, que l'on nomme ventricule, qui se forme.»
Dans le cas de Mme Parent, les ventricules ont atteint l'arrière du cerveau, où les informations visuelles sont traitées, la rendant incapable de reconnaître les choses - problème dont elle souffre toujours, d'ailleurs. De plus, c'est l'hémisphère droit du cerveau qui a subi les dégâts les plus graves, et comme il joue un rôle important dans la récupération des souvenirs (qui sont surtout conservés du côté gauche), la jeune femme a perdu presque tout contact avec son passé, lointain ou récent.
Pour cette raison, même les événements qui survenaient après l'accident semblaient lui échapper après quelques minutes. Sa mémoire parvenait à fixer de nouvelles informations, bien que difficilement, mais Mme Parent était souvent incapable d'y accéder. «On a donc fait l'hypothèse que l'hémisphère droit fonctionnait mal, dit le chercheur, ce qui nous a mené à une double approche : mesurer au niveau de la neurophysiologie comment le cerveau fonctionne; et ensuite stimuler les cellules par des signaux magnétiques répétitifs.»
À raison d'une séance de 10 minutes par semaine, la patiente a vite montré des signes très encourageants. «Elle était très déficiente au départ, se souvient Dr Schneider. On lui montrait des listes de 16 mots classés par catégories dont elle devait se souvenir, et au début elle n'en reconnaissait que 2 ou 3 sur 16, soit environ 20 %. Mais au bout de quatre semaines, elle faisait 70 % et après 10 semaines, on a eu 100 % de réussite, un taux qui se maintient encore maintenant, après huit mois.»
Et mieux encore, le traitement a semblé l'aider à accéder à des souvenirs encore plus anciens, puisqu'après environ un mois, quelques bribes de sa vie avant l'accident lui sont revenues, surtout au sujet de son ex-copain.
«C'est un point très important, parce qu'on ne s'attend pas à ce que des tests de laboratoire représentent nécessairement la réalité, la vie quotidienne. Mais en parallèle des améliorations qu'elle a montrées en labo, sa famille nous a témoigné qu'elle faisait des progrès dans sa vie de tous les jours», dit Dr Schneider, qui doit présenter ses résultats aujourd'hui lors d'une conférence à Toronto. Par exemple, elle n'a maintenant plus besoin de se coller une note sur le bras pour se rappeler ce qu'elle s'apprête à faire.
La rémission complète demeure impensable, dit Dr Schneider, mais le cas de Mme Parent montre que sa méthode permet de grandes améliorations. Des recherches à venir montreront jusqu'à quel point.











