Frédéric Asselin, coureur des bois postmoderne

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Frédéric Asselin, coureur des bois postmoderne

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«J'ai toujours été à la recherche d'une certaine profondeur. Je me suis rapidement interrogé sur le sens de la vie»

Le Soleil, Martin Martel

Alain Bouchard
Le Soleil

(Québec) Sur un grand babillard blanc qui tapisse l'un des murs de son bureau, une série de prénoms sont écrits en grosses lettres noires, un genre d'équipe d'étoiles du plein air. L'un des  prénoms du lot frappe particulièrement : celui de Gésu. Il est presque annonciateur de ce que deviendrait l'oeuvre de Frédéric Asselin.

Gésu, prénom réel, est l'un des meilleurs chefs d'équipe du «coureur des bois». Il a d'abord été l'un des jeunes poqués que la Coopérative de solidarité du Bras-du-Nord, à Saint-Raymond de Portneuf, vise à remettre sur les rails. Il contribue désormais à retourner une partie de ce que lui a donné la grande nature.

«Tout cela passerait au feu aujourd'hui, dit Frédéric Asselin, qu'il nous resterait toujours les centaines de jeunes gens que nous avons récupérés avec la coop.»

Asselin, 35 ans, est une sorte de Daniel Boone postmoderne. Il semble tout droit sorti d'un album photos de coureurs des bois ou du roman de Félix-Antoine Savard, Menaud maître-draveur. Sa charpente de six pieds presque trois pouces est surmontée d'une crinière châtaine frisée, posée au-dessus de deux yeux bleus de Viking. Ses mains sont comme des avirons. Son sourire, comme une irrésistible invitation à lui abandonner notre propre sort.

Frédéric Asselin s'en souviendra toute sa vie. Il a environ

22 ans. Il est assis sur le bord d'un lac de la Colombie-Britannique et fixe une montagne. «Il est maintenant clair que je vais gagner ma vie dans la grande nature», songe-t-il intérieurement. Ce choix se confirme toujours aujourd'hui, «bien que j'aie aussi besoin de l'effervescence de la ville», dit-il.

Plein air thérapeutique

Le gaillard présume que sa passion de l'aventure lui vient de la lignée de sa mère Suzanne Degarie, une Gaspésienne de Carleton. Il sait en l'occurrence que son arrière-grand-père maternel a parcouru le Klondike de la belle époque. Ça lui fait en tout cas de beaux rêves d'assises.

Suzanne Degarie s'en va étudier les sciences infirmières à Montréal, où elle s'éprend d'un futur cadre administratif, Michel Asselin. Le couple s'installe momentanément en Beauce, où naissent Frédéric et sa soeur avant lui. Mais il est un Carougeois pure laine : il a six mois seulement quand sa famille déménage ses pénates à Cap-Rouge.

À l'école, le petit garçon est un peu dissipé mais curieux et désireux de tout apprendre. Et hors de l'école, il touche à tout ce qui bouge : sports, plein air, escalade et escapades. Ce ne sera pas long qu'il partira dormir en forêt avec ses amis, dans des sacs de couchage de Canadian Tire. «Notre plaisir, dit-il, c'était d'essayer par nous-mêmes.»

Il avait un gourou juste à côté de chez lui, de 10 ans son aîné. L'alpiniste François-Guy Thivierge était son voisin. «Je n'oublierai jamais ce jour où je l'ai vu passer dans son traîneau à chiens, en pleine tempête de neige, raconte Asselin. Ça donne des idées.»

Mais il n'a jamais aimé le plein air comme finalité. Il lui a tout de suite trouvé ? ou donné? ? un sens philosophique, à plus forte raison quand il a perdu un ami très cher, tué à 17 ans dans un accident de la route. Le disparu faisait partie du groupe d'Asselin qui s'était donné rendez-vous à Vancouver pour y planter des arbres.

«C'est comme si j'avais voulu vivre toutes sortes de choses à sa place, raconte Asselin. Et le faire en même temps pour aider les autres.» L'idée du plein air «thérapeutique» n'était déjà pas bien loin. «J'ai toujours été à la recherche d'une certaine profondeur, dit-il. Je me suis rapidement interrogé sur le sens de la vie.»

Pas loin de la coupe

Il choisit l'administration au Cégep de Sainte-Foy. Et garde ce cap pour l'université. Sauf qu'instinctivement, il ne s'y sent pas à sa place. «Je suis un gars de feeling», insiste-t-il. Sur un trottoir de la cité universitaire, il croise une vieille connaissance qui lui parle de la philosophie. Il sera son confrère durant deux ans. «J'étais ravi de découvrir les grands penseurs, d'apprendre à réfléchir, à lire et à écrire correctement.»

Après le cégep, il passe cinq années à étudier l'hiver et à planter des arbres dans l'Ouest canadien l'été. Il prendra plus tard une pause scolaire pour séjourner neuf mois dans les îles de la Reine-Charlotte, petit paradis peu connu de la Colombie-Britannique. Au retour, il s'inscrit au tout nouveau baccalauréat en plein air de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Il y suit une formation de guide de 1996 à 1999. Et en dehors des sessions scolaires, il effectue de grandes expéditions comme remonter la rivière Georges et parcourir la baie d'Ungava, dans le Grand Nord québécois. Installé en couple au Saguenay avec une étudiante en plein air comme lui, il travaille quatre ans là-bas dans le domaine, après son diplôme.

Lorsque survient la rupture amoureuse, il se souvient d'une certaine Danielle Larose, une visionnaire sociotouristique de Saint-Raymond. C'est le prélude d'une association qui mènera à la formidable aventure de la fondation commune de la Coop solidarité du Bras-du-Nord - www.valleebrasdunord.com - un concept unique au Québec.

Asselin entreprend entre-temps une maîtrise en service social. L'un des buts de la coop est de sortir des jeunes de leurs mauvaises passes en les associant au projet. Il veut réaliser le mieux possible cette idée de l'aventure thérapeutique.

«Nous avons encore 10 ans de défis devant nous, dit-il. Nous som­mes par exemple en semi-fi­na­le de la formidable coupe de l'autofinancement. Et nous avons plein d'idées d'expansion. Vous savez, il n'est pas nécessaire d'aller très loin pour vivre l'aventure.»

Monsieur le directeur général de la coop de solidarité se garde jalousement des sentiers à baliser et à tracer. «La nature est ma maison», dit-il.

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