
L'infirmier de la rue Gilles Kègle et Gemma Roy, qui avait besoin de lui pour prendre sa pression.
Le Soleil, Yan Doublet

Paul-Émile Poirier a la même indifférence pour Noël que lorsqu'il était bûcheron. «C'est une journée comme les autres», dit-il.
Le Soleil, Yan Doublet
Pourtant, il était de bonne humeur. Le volume de la radio, qui diffusait une reprise de Jingle Bells chantée par les Chipmunks, était presque au maximum. Il y a quelques jours, l'octogénaire a reçu une carte postale de son frère qui lui souhaitait de joyeuses Fêtes. Et hier midi, Gilles Kègle, l'infirmier de la rue, est venu lui offrir de la dinde et du ragoût de boulettes.
«C'est assez pour que je sois heureux», dit-il, assis sur son lit, où il a délicatement posé la carte de son frère sur son enveloppe.
Parmi les quelque 2400 bénéficiaires de la Fondation Gilles Kègle, Albert Caux est une exception. Non pas parce qu'il est seul à Noël ? ils le sont à peu près tous. Mais parce qu'il ne tente pas de faire comme si Noël n'existait plus.
«Les gens essaient de fuir, décrit l'infirmier de la rue. Ils essaient de se changer les idées. Si à la télévision il y a quelque chose de Noël, ils changent de poste. Ils ne veulent pas ressentir de nostalgie.»
Un peu plus tôt en matinée, Gilles Kègle était allé voir un de ses patients dans la cinquantaine qui s'est récemment cassé le bras.
«Il me parlait de son père, il était triste... Il n'avait pas le goût de sourire, il me parlait de l'arbre de Noël chez eux dans le temps, de la famille qui se rassemblait. Maintenant, son père est mort, sa mère est morte, il a eu une division avec la famille. Et là, il se retrouve tout seul.»
Une journée comme les autres
Paul-Émile Poirier, a l'habitude de passer Noël dans la solitude. Bûcheron pendant des années, il lui arrivait souvent d'être dans le bois pendant le temps des Fêtes. Il se souvient toutefois de quelques Noël passés avec sa famille nombreuse, quand de 30 à 40 personnes étaient réunies pour fêter au même endroit.
Mais maintenant, il préfère ne pas y penser et avoir la même indifférence pour Noël que lorsqu'il était bûcheron. Il s'assoit devant la télé ou fait des mots croisés. «C'est une journée comme les autres.»
Sauf que les bénévoles de la fondation, dont plusieurs ont pris congé pour la journée, viennent le voir moins souvent. «Ça fait du bien de parler un peu», dit-il.
Avec les quelques bénévoles de la fondation qui continuent même le jour de Noël, Gilles Kègle doit travailler encore plus fort. Pour faire déjeuner Herman Darveau, handicapé, et lui jaser un peu de hockey, pour prendre la pression artérielle de Gemma Roy et lui apporter des Cepacol parce qu'elle a mal à la gorge, convaincre René, qui a perdu 40 livres ces derniers mois, de ne pas se laisser mourir.
Durant la période des Fêtes, les bénéficiaires de la Fondation Gilles Kègle sont d'ailleurs plus nombreux à avoir des idées suicidaires, souligne l'infirmier de la rue.
En temps normal, ils peuvent au moins se distraire en regardant autre chose que des films de Noël à la télé, en allant faire leurs courses ou en prenant un café dans un restaurant. «Mais là, tout est fermé, dit Gilles Kègle. C'est encore plus que la solitude, c'est le désert.»











