Bernard Arcand 1945-2009: le grand anthropologue des petites choses

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Bernard Arcand 1945-2009: le grand anthropologue des petites choses

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Malgré des différends théoriques avec certains de ses collègues, ceux-ci reconnaissaient en Bernard Arcand un homme agréable, original et capable d'un remarquable sens de l'humour.

Photothèque Le Soleil

Alain Bouchard
Le Soleil

(Québec) Bernard Arcand avait l'habitude de dire qu'il valait mieux s'occuper de petites choses que de grandes et risquer ainsi de moins se tromper, rapporte son ex-collègue Marie-France Labrecque, de l'Université Laval.

C'est dans cette veine que l'illustre anthropologue, originaire de Deschambault, s'est occupé de baseball et d'autres lieux communs, notamment avec son vieux complice et ami Serge Bouchard, qui l'a veillé chez lui jusqu'à sa mort, vendredi. Bernard Arcand a rendu l'âme au bout d'une brève mais fatale maladie de trois mois, à l'âge de 63 ans.Les Arcand ne sont manifestement pas nés pour passer inaperçus. Le défunt était le frère du cinéaste Denys, du comédien Gabriel et de la criminologue Suzanne, moins médiatisée que les autres, mais fort reconnue dans son milieu.

Marie-France Labrecque, qui est toujours professeure d'anthropologie à Laval, venait tout juste d'apprendre le décès de Bernard Arcand quand Le Soleil l'a jointe, hier avant-midi. «Je suis vraiment bouleversée et attristée», a-t-elle dit. Elle l'avait croisé en août, et absolument rien ne révélait l'ombre d'une parcelle d'une maladie qui pouvait emporter un homme aussi rapidement, le cancer du poumon en l'occurrence.

Mme Labrecque trouvait son collègue «agréable, original et capable d'un remarquable sens de l'humour. Ce qui, dit-elle, nous a permis de toujours rester en bons termes, malgré nos divergences de vues et de champs d'intérêt.»

Le chat de la rue

Cette femme était en quelque sorte l'opposé académique d'Arcand, de par son radicalisme théorique de gauche, confesse-t-elle, et de par ses travaux sur la mondialisation et l'État international, alors que l'autre traitait de neige - Abolissons l'hiver! - et de pâté chinois.

Mais il est allé bien plus loin. Il a publié en 1991 un ouvrage de 400 pages sur la pornographie, Le jaguar et le tamanoir, qui lui a valu le prix du Gouverneur général du Canada. «Sautez les 200 premières, disait-il alors en entrevue. Et vous risquez de trouver ça intéressant.»

L'historien Jean Provencher remercie le 400e anniversaire de Québec de lui avoir fait découvrir de plus près le «très bel esprit» de Bernard Arcand. Les deux hommes ont oeuvré à la conception de Place du 400e, dans le Vieux-Port. Quand ils se donnaient rendez-vous au bistro Le temps perdu de l'avenue Myrand pour un café, «le moindre chat de la rue pouvait devenir un sujet intarissable pour Bernard», raconte Provencher.

Arcand a fait la promotion de l'anthropologie comme personne d'autre au Québec, affirme son ex-collègue Yvan Simonix. «Il était audacieux, dit ce dernier. Il possédait à fond l'art de se renouveler. Et il savait en même temps être chaleureux.»

Attention, avertit un autre collègue et ami, Jean-Jacques Chalifoux, «il y avait énormément de réflexion derrière chacune des réflexions d'Arcand, même d'apparence les plus simplistes!» Il donne l'exemple de cette remarque toute fraîche, entendue sur les ondes publiques : «La sexualité est quelque chose d'extrêmement puissant».

Soyons modestes

Dans une entrevue accordée au Soleil à l'occasion de sa retraite de l'enseignement, en 2005, Bernard Arcand avait ramené beaucoup de monde à l'ordre sur la question du bonheur. «Il existe des esclaves heureux, disait-il alors. Le bonheur n'a donc rien à voir avec la liberté. La peur de s'ennuyer est par ailleurs une recette de malheur assurée.»

Il conseillait souvent d'être modeste sur nos connaissances des autres, sur notre civilisation occidentale et sur notre culture supposément ouverte et évoluée. Notre époque a-t-elle inventé ou trouvé autant de bonnes choses qu'elle le prétend? se demandait-il.

Bernard Arcand a obtenu un doctorat de l'Université de Cambridge, en Angleterre. Il a enseigné à Copenhague, là où il s'est épris de la psychologue danoise Ulla Hoff, qui lui a donné deux enfants et avec laquelle il habitait toujours, à Saint-Augustin. Il a enseigné à McGill. Puis à Laval, à compter de 1977. «Je ne peux l'oublier, aimait-il répéter. J'ai commencé à travailler le premier jour d'une grève des professeurs!»

Sa fille Léa, 25 ans, poursuit des études de médecine à l'Université de Montréal, après un baccalauréat en anthropologie. Et son fils Matthias, 22 ans, étudie... l'anthropologie à Laval.

La famille recevra les condoléances au Vieux Presbytère de Deschambault, 117, rue Saint-Joseph à Deschambault, jeudi de 14h à 16h30 et vendredi de 12h30 à 15h30. L'inhumation des cendres aura lieu immédiatement après.

 

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