Ses taches de rousseur? «Mes picots sont des taches?» Monique Laflamme venait d'être marquée au fer rouge, c'est le cas de le dire. «J'étais déjà marginalisée par le fait d'être rousse», raconte aujourd'hui cette grand-maman de 60 ans qui fait le tour du monde à vélo. «Mais ce jour-là, j'ai été projetée par-derrière...» Comme si elle avait été frappée d'un coup de poing.
Si Fifi Brindacier était une héroïne à la télévision, Monique Laflamme allait en devenir une dans la vie réelle. «Je me suis tout naturellement retirée à l'écart des autres, dit-elle. Je suis restée low profile. Puis j'ai décidé de performer à l'école et dans tout le reste.»
La seule rousse de l'école est le deuxième des huit enfants du dentiste Gaston Laflamme, qui pratique à la traverse de Lévis. Elle se souvient particulièrement des parties de pêche auxquelles la convie ce père dont l'affection et la tendresse lui ont donné des ailes.
Elle apprend le piano. Elle s'engage dans le mouvement jeunesse des guides. Elle fait du ski alpin. Et elle s'attaque au cours classique, avant d'entrer en biologie à l'Université Laval, spécialité entomologie. Bref, les bibites!
Elle se marie à 20 ans avec un étudiant qui deviendra médecin et qui lui fera quatre enfants. Deux de ces enfants sont de magnifiques jumelles identiques qui deviendront... dentistes comme leur grand-père. Ce qui lui fait souvent lancer, à la dérobée : «Il en faut deux pour me remplacer!»
Les jumelles de Monique Laflamme ont été une source de tracas avant de devenir sa fierté. «Un jour que je montre un miroir à l'une d'elles et que je lui demande qui elle voit, elle me répond le prénom de l'autre. Ça m'a bouleversée. J'étais inquiète pour leur identité.»
Même métier, même rue
Les jumelles, elles, ne se sont jamais inquiétées. Elles ont juste continué d'être pareilles et de toujours faire la même chose. Elles pratiquent toutes les deux à Gatineau, habitent la même rue et ont chacune deux enfants!
Durant ses études, Monique Laflamme va travailler un été à Poste-de-la-Baleine. «Je faisais ma femme forte, dit-elle. Toujours ce même réflexe!» Elle enseigne un an au Collège Jésus-Marie de Sillery. Elle accouche d'Annick et de Marianne à Marseille, où son mari est venu se spécialiser. Elle attend un bébé, elle en a deux!
De retour au Québec, elle enseigne une année au Collège de Maisonneuve à Montréal. Puis elle décroche un contrat de recherche en biologie à l'Université Laval, qu'elle mixe avec l'obtention d'une maîtrise en la matière.
Elle est déjà mère de trois filles très douées, l'autre étant Isabelle. Mais elle n'a encore rien vu. Alexis, son petit dernier, commence son cours primaire... en deuxième année. La loi empêche de commencer l'école à cinq ans. Mais elle n'empêche pas de commencer en deuxième année si l'enfant en a la capacité.
C'est d'ailleurs grâce à Alexis qu'elle décroche un emploi au Petit Séminaire de Québec, après un court séjour au Collège de Bellevue. Avec un fils comme celui-là, une femme ne peut faire autrement que d'être compétente, se dit alors l'employeur.
Si le fait d'être rousse a tracé le chemin de sa vie jusque-là, une séparation conjugale à 40 ans va être déterminante pour la suite. «Ce fut le départ de quelque chose de complètement nouveau, dit-elle. Probablement parce que j'ai tout de suite décidé d'effectuer le tour de la Gaspésie avec les enfants.»
La fête de sa soeur
La rousse n'est pas du genre à s'apitoyer. À 41 ans, elle achète son premier vélo d'adulte, quatre sacoches et une tente qu'elle s'exerce à monter dans sa chambre, comme un enfant qui aurait reçu un nouveau jouet en cadeau. Et elle se tape le Grand Tour cycliste ? Montmagny-Matane ?, 700 kilomètres en huit jours. Elle en a bouclé 11 autres depuis lors.
La petite fille habituée d'être toute seule dans son coin pédale seule en toute quiétude et en toute sérénité. «Pédaler, explique-t-elle, c'est méditer.» Elle a parcouru la route des vins de l'Ontario. Elle a rallié Québec-Vancouver avec un collègue enseignant en 2001. Le 1er septembre dernier, elle est conviée à fêter sa soeur à Rivière-du-Loup. Elle se farcit les 200 km à vélo en une journée, toute seule avec le vent dans la face. Personne pour relayer.
Depuis sa retraite, à 56 ans, la grand-maman pédale encore beaucoup plus, mais presque toujours en solitaire, sauf les quelques fois où des amis l'accompagnent parce que leur conjointe ne fait pas de vélo. Par exemple, pour Paris-Istanbul, 400 km en 50 jours.
Des hommes pédalent tout autour, mais aucun n'atteint son coeur. «Aucun depuis mes 40 ans», affirme-t-elle. Est-ce parce qu'elle a d'abord consacré les 365 jours de l'année à ses enfants et qu'elle garde sa grande maison de Saint-Nicolas pour les accueillir avec ses huit petits-enfants? Monique Laflamme ne se pose pas de question. Elle pédale. Elle est actuellement à préparer une virée entre l'Angleterre et l'Écosse.
Quand je l'ai rencontrée chez elle, la semaine dernière, elle partait passer quatre jours à Gatineau, garder les deux enfants de l'une des jumelles qui allait passer une semaine dans le Sud avec sa copie et leurs amoureux. La belle-mère de l'autre jumelle allait s'occuper de garder les enfants de celle-ci. Ce qui, pour Monique Laflamme, constituait presque une concession...











