À leurs yeux, la vision de l'histoire de Québec qui a été présentée lors de diverses célébrations a négligé ou déformé des pans pourtant essentiels pour la fondation de la Vieille Capitale, notamment l'alliance cruciale qu'avaient conclue les Français avec les puissants Montagnais en 1603. Sans ce pacte, ils n'auraient jamais pu s'établir ici cinq ans plus tard.
Or, «on a vu Max Gros-Louis, et puis c'est tout», déplore l'historien Mathieu D'Avignon, chercheur affilié à l'UQAC et codirecteur de l'ouvrage, admettant du même souffle ne pas avoir vu «toutes les célébrations».
«C'était tout à fait correct que les Hurons soient présents, puisqu'ils sont ici depuis longtemps, mais est-ce que les nations qui ont vécu ici au cours des 400 dernières années se sont rencontrées?», lance-t-il, en référence au thème des fêtes qui était la «rencontre».
Notons qu'en entrevue avec Le Soleil, lundi, l'ex-chef huron Max Gros-Louis, qui a lui-même participé aux célébrations, s'est dit ravi de la place qui a été accordée aux Premières Nations. «Ça a été formidable. On n'a jamais eu une aussi belle occasion de montrer ce que c'est qu'un Amérindien, ici et partout dans le monde.»
En tant qu'historien, cependant, M. D'Avignon n'en estime pas moins que le rôle joué par les Innus aurait dû être mieux souligné. Dans la conclusion du chapitre qu'il écrit sur l'alliance de 1603, il voit dans ce «déni» un vieux et tenace réflexe des historiens du Québec, qui est d'interpréter l'histoire de façon à ne rien devoir aux autochtones.
Et à titre personnel, M. D'Avignon ajoute qu'il y avait là une occasion (manquée) de se rapprocher des Premières Nations. «Si on ne profite pas de ces événements pour souligner la contribution des uns et des autres à notre histoire, quand est-ce qu'on va le faire?» a-t-il lancé lors d'un entretien téléphonique.
Le chercheur reproche également la trop grande importance accordée à Samuel de Champlain, alors que plusieurs de ses contemporains, comme Pierre Dugua de Mons, ont eux aussi joué des rôles vitaux dans la fondation de Québec.
«On pense que le discours doit être simple quand on s'adresse au public, mais je pense que les gens sont capables de comprendre des choses plus compliquées, et qu'ils auraient compris qu'il n'y avait pas que Champlain.»










