«On recrute beaucoup de jeunes éducateurs, mais dans les trois ou quatre premières années, on en perd environ 30 % de plus que les autres secteurs comme les CLSC», commente le directeur général de l'Association des centres jeunesse du Québec, Jean-Pierre Hotte.
Le Soleil, Patrice Laroche
«C'est un énorme défi», lance sans hésiter le directeur général de l'Association des centres jeunesse du Québec. En entrevue éditoriale au Soleil, Jean-Pierre Hotte a présenté les cinq défis que les centres jeunesse auront à relever d'ici 2013. Au programme, assurer la qualité et la cohésion des services, créer des partenariats et inciter les jeunes à choisir le travail dans les centres jeunesse. Et aussi, retenir ceux qui ont déjà choisi de consacrer leur carrière à aider les jeunes victimes de négligence ou d'abus.
«On recrute beaucoup de jeunes éducateurs, mais dans les trois ou quatre premières années, on en perd environ 30 % de plus que les autres secteurs comme les CLSC», constate M. Hotte. Quant aux travailleurs sociaux et criminologues, le défi est plutôt de les retenir à la fin de leur carrière. «Lorsqu'ils arrivent autour de 51, 52 ans, ils quittent. Là aussi, 20-25 % partent de façon plus significative que dans les autres secteurs.»
Concurrence féroce
Parmi les raisons de la pénurie à prévoir, M. Hotte identifie la «concurrence féroce» créée par d'autres établissements, comme les CPE, qui a attiré beaucoup de techniciens en éducation spécialisée, des travailleurs qui sont une «denrée importante» pour les centres jeunesse, indique le dg.
Or, en plus des CPE, il y a le réseau scolaire, les CLSC, autant d'endroits où les nouveaux diplômés peuvent travailler, souvent pour le même salaire, dans des conditions plus stables. «On a des besoins 24 heures sur 24, sept jours par semaine. Des intervenants doivent travailler à Noël, au jour de l'An», illustre Jean-Pierre Hotte.
Comment rendre les carrières dans les centres jeunesse plus attrayantes, alors? Jean-Pierre Hotte estime qu'il faut miser sur un meilleur soutien aux employés. Le travail d'équipe, des formations continues en santé mentale, voire une meilleure rémunération sont autant de pistes à explorer. M. Hotte croit aussi qu'il faut faire valoir la mission du réseau auprès des recrues potentielles. «On a invité 300 étudiants collégiaux et universitaires de 12 régions à notre dernier congrès et on a réalisé qu'ils sont très touchés par la cause des enfants. C'est probablement avec ça qu'on va pouvoir faire du chemin. On a un métier à faire connaître. Un métier difficile, mais beau aussi.»
Attirer les hommes
M. Hotte ajoute de plus qu'un effort supplémentaire devra être fait pour attirer les hommes qui deviennent des modèles masculins pour ces garçons et filles blessés. «Dans les cohortes dans les cégeps et les universités, c'est souvent 9 filles sur 10 en psycho-éducation, en travail social, en psychologie», indique M. Hotte.
Quant à ceux qui partent, l'Association des centres jeunesse veut savoir pourquoi ils décident de quitter le bateau. «On veut avoir l'heure juste. Est-ce parce qu'on les accompagne mal? Les défis sont-ils trop grands?» demande Jean-Pierre Hotte.
Pour y arriver, l'Association a suggéré au ministère de la Santé et des Services sociaux de mandater une firme externe qui aura comme mission de poser un diagnostic. «Si c'est une firme externe, on a plus de chance que les gens se vident le coeur. On va pouvoir se regarder dans le miroir et se dire s'il faut modifier certaines de nos pratiques. Comme ça, on sera certain que notre plan d'action sera axé sur les vrais problèmes et non sur des impressions.»
La demande a été déposée au ministère depuis plusieurs mois, précise M. Hotte. «On nous a dit encore récemment que ça devrait être à l'étude dans les deux semaines qui viennent. On attend une réponse là-dessus et on a bien hâte.»
Des améliorations
En attendant ce portrait de la situation, il est vrai que celui dressé par M. Hotte au fil de plus d'une heure et demie d'entrevue peut paraître sombre. Mais tout n'est pourtant pas noir, nuance le dg de l'Association des centres jeunesse, qui souligne le travail de ceux qui guérissent «le cancer de l'âme». Les choses, dit-il, se sont améliorées ces dernières années. Depuis 2003, les listes d'attente des jeunes en protection sont passées de 1085 évaluations à 585 en 2008. Pendant la même période, celles de l'application des mesures sont passées de 676 à 168. Les investissements du gouvernement Charest et du ministre de la Santé d'alors, Philippe Couillard, ont aussi permis de réduire le fardeau des employés, indique M. Hotte. «En 2003, un intervenant social venait en aide en moyenne à 26 familles. Aujourd'hui, on est à 19. On se rapproche de notre objectif de 16. Ce n'est pas parce qu'on a moins de situations à traiter. La pression a continué d'augmenter.»
Jean-Pierre Hotte souligne aussi les bons résultats du Programme qualification des jeunes (PQJ) qui permet d'accompagner les jeunes au moment où ils atteignent la majorité.
Québec s'en sort mieux
Le portrait est aussi un peu moins sombre dans la région de Québec où le manque de main-d'oeuvre est moins criant que dans d'autres coins de la province, explique Karine Primard, responsable des communications du Centre jeunesse de Québec. «On a la chance d'être un institut universitaire qui offre beaucoup de stages aux étudiants. Et on les engage après!» dit-elle.












