«Chaque personne est devenue un média en Iran»

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Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil

(Québec) À la toute fin de notre échange entre le Québec et l'Iran, juste au moment où nous allions coucher le combiné du téléphone, notre interlocutrice a eu peur. «Est-ce que je peux vous demander de ne pas [citer] mon nom au complet? Je sais que ça peut, peut-être, être dangereux. Le prénom, ça suffira.»

Shahideh, c'est son prénom, est une partisane avouée et impliquée de Mir Hossein Moussavi, le candidat officiellement défait lors du récent scrutin présidentiel iranien. Jointe sur son cellulaire, l'étudiante craint, du fait de ce militantisme, que son téléphone résidentiel soit écouté par les agents du régime de Mahmoud Ahmadinejad, le vainqueur déclaré de l'élection.

Les réseaux de communication sont torpillés, au dire de Shahideh. «Ils ont coupé les SMS (NDLR  : texto) depuis jeudi soir», à la veille du scrutin du 12 juin, assure-t-elle. Les partisans de l'opposition usaient allègrement de la messagerie texte afin d'échanger des informations sur une éventuelle fraude électorale, dit-elle.

Les sites Internet populaires auprès des contestataires seraient également «filtrés». Les YouTube et autres lieux d'échan­ge à la sauce Facebook été con­traints au mutisme. «Plusieurs chaînes de télévision sont aussi parasitées, la BBC, par exemple.»

Résultat, les manifestations des partisans de Moussavi s'organisent par le bouche-à-oreille, expose Shahideh en français, une langue assimilée en France et... à Québec. «On est de plus en plus prudents. Chaque personne est devenue un média en Iran.»

Aussi, le soir venu, tous rentrent à la maison afin d'éviter les affrontements avec les partisans du pouvoir Ahmadinejad. Mais, vers 22h, la nuit s'illumine d'une clameur critique décochée depuis les toitures : «Tous les soirs, sur le toit de ta maison, tout le monde, le voisin qui n'est pas d'accord avec toi, il entend ta voix...», dépeint Shahideh.

Voilà qui nourrit l'espoir d'un nouveau scrutin, du départ du président Ahmadinejad, chez ses opposants. Ils ne peuvent souffrir quel­ques années supplémentaires avec ce chef d'État : «Pendant les quatre dernières années, il y avait beaucoup d'idées reçues sur les Iraniens. C'était désolant l'image que le président donnait à l'étranger.»

C'est pour le contrer que Shahideh serait restée en Iran. Installée à Paris depuis une décennie, elle est revenue au bercail il y a peu pour rédiger un mémoire. Mais elle a été happée par le mouvement contestataire.

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