Informations incomplètes, conservation de renseignements, manque de transparence : plusieurs aspects agacent la commissaire Jennifer Stoddart, qui a présenté jeudi à Ottawa un rapport portant sur la gestion des renseignements des internautes par Facebook. Plus de 250 millions de personnes, dont 12 millions au Canada, sont inscrites au populaire réseau social en ligne qui permet de créer un profil pour partager commentaires, photos et vidéos.
Parmi les principales lacunes observées, la commissaire Stoddart a noté qu'un utilisateur peut désactiver son compte, mais que Facebook n'explique pas comment le supprimer complètement. L'entreprise garde donc actifs ces renseignements pour une période indéterminée.
Cette préoccupation concerne aussi le sort des pages des gens décédés. «Facebook n'explique pas combien de temps la page sera préservée, ni ce qui arrive des renseignements. Est-ce que Facebook les garde toujours? On cherche des explications ou une politique qui dit que ces renseignements sont effacés après un certain temps.»
La commissaire s'inquiète aussi du fait que tous ceux qui créent des applications (jeux, questionnaires) pour le site ont accès à des renseignements personnels. Ils sont 950 000 dans quelque 180 pays.
Jennifer Stoddart recommande donc à Facebook de se doter de mesures techniques afin que ces développeurs aient uniquement accès aux renseignements utiles à l'application.
À la suite de la publication du rapport, Facebook a 30 jours pour se conformer aux recommandations, sans quoi la loi prévoit que le Commissariat peut s'adresser à la Cour fédérale pour forcer l'entreprise à apporter des modifications. Une perspective que Mme Stoddart ne semble pas trop envisager pour l'instant. «On va voir dans 30 jours. Je dois dire que Facebook a bien coopéré, et le site change énormément depuis un an. On a bon espoir que Facebook va se ranger à nos recommandations.»
Améliorations
Facebook a en effet apporté plusieurs améliorations depuis le début de l'enquête en 2008.
Au début du mois de juillet, l'entreprise a notamment annoncé qu'elle préparait un système où les utilisateurs décident la part de vie privée qu'ils souhaitent divulguer en fonction de la personne qui consulte leur profil. Ainsi, des informations différentes apparaissent pour un ami proche, un collègue de travail ou un camarade de classe, a expliqué à l'AFP Chris Kelly, responsable de la protection de la vie privée chez Facebook.
Fondé en 2004 par l'Américain Mark Zuckerberg alors étudiant à Harvard de 20 ans, Facebook vaut aujourd'hui 6,5 milliards $.
Un géant peu ébranlé?
Il serait étonnant que l'enquête de la commissaire canadienne à la protection de la vie privée ébranle Facebook. La mauvaise presse qu'elle suscite pourrait par contre chatouiller le géant du Web, selon des experts.
«Ce rapport est une petite tape sur les doigts, mais qui a son impact en termes de rayonnement du produit et de la qualité de la marque», estime le rédacteur en chef de Branchez-vous.com, Carl Charest.
«Facebook repose sur la confiance de la communauté», renchérit Vincent Gautrais, titulaire de la Chaire en droit de la sécurité et des affaires électroniques de l'Université de Montréal. Puisque l'entreprise mise sur un dialogue avec ses usagers, M. Gautrais n'est pas étonné que Facebook ait bien collaboré à l'enquête de Mme Stoddart. Une enquête que M. Gautrais estime d'ailleurs louable, bien qu'il note des failles relativement mineures.
«L'approche est satisfaisante sur le plan de l'application de la loi, mais en termes d'une meilleure protection des gens, ces recommandations ne m'apparaissent pas énormes», conclut le professeur.













