Dans une note expédiée aux médias en début de semaine, la bande innue indique qu'elle s'est dotée d'un nouveau plan de communication global qui comprend une politique de relations de presse. Cette politique stipule, notamment, que toute demande d'entrevue avec le chef Raphaël Picard ou avec d'autres responsables de Betsiamites doit d'abord passer par le technicien en communications de la communauté ou par Cardinal Communications, la firme montréalaise qui s'occupe des relations publiques du chef depuis plusieurs années.
«De plus, les journalistes qui désirent faire des reportages sur le territoire de la communauté, quel qu'en soit le type, devront demander un accès de presse auprès du technicien en communication», poursuit le texte de la politique, adoptée, dit-on, pour permettre «un meilleur suivi des reportages journalistiques».
Qui plus est, dans son envoi courriel aux médias pour faire connaître cette politique, le conseil de bande demande aux journalistes de ne pas la publier ni la diffuser. Le technicien en communication par qui doivent désormais transiter les demandes d'entrevue affirme enfin dans son message qu'aucune ne sera accordée sur le sujet.
Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), François Bourque, s'est dit abasourdi de constater jusqu'à quel point une communauté est prête à aller pour contrôler l'information.
La FPJQ «abasourdie»
«Passer par un canal de communication, même si on n'aime pas vraiment ça, c'est un mécanisme qu'on voit ailleurs, mais c'est la première fois que je vois vouloir contrôler l'information à ce point, a-t-il lancé. Légalement, il [le conseil] a peut-être le droit de restreindre l'accès à son territoire, mais ça va de toute évidence à l'encontre de la liberté et de la démocratie. On va créer deux catégories de citoyens : ceux qui ont droit à une presse libre et ceux qui n'y ont pas droit.»
M. Bourque, qui compte bien écrire au chef Picard pour tenter de lui faire entendre raison, estime que les résidants de Betsiamites peuvent craindre de rencontrer des journalistes, de peur d'être ciblés par les autorités. «Le vrai danger, c'est l'intimidation des sources, a ajouté le président de la FPJQ. Ça veut dire quoi, cette politique? Qu'il [le conseil] va savoir qui tu vas voir, sur quel dossier tu travailles? Ça n'a pas de bon sens.»
Le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien a refusé de commenter. «Le ministère n'a pas à juger de la pertinence de cette politique», a indiqué une porte-parole du bureau de Québec, Julie St-Pierre, en affirmant qu'il s'agit d'un «document de nature interne du même genre que ceux adoptés par à peu près tous les organismes publics et privés».
Une demande d'entrevue a aussi été faite à l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, mais son chef Ghislain Picard ne pourra y donner suite avant jeudi.










