Malgré une amputation, Simon Mailloux repart pour le front afghan

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«J'ai toujours pensé que j'avais ma place sur... (Le Soleil, Erick Labbé)

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«J'ai toujours pensé que j'avais ma place sur le terrain parce que la mission canadienne n'est pas encore complétée. Il y a encore plusieurs Québécois là-bas qui passent de durs moments et c'est mon devoir d'y retourner si je suis encore capable de le faire», expliquait mardi le capitaine Simon Mailloux.

Le Soleil, Erick Labbé

Ian Bussières
Le Soleil

(Québec) Si certains doutent encore du courage et de la détermination des militaires canadiens dans la mission afghane, ils n'ont certainement pas rencontré le capitaine Simon Mailloux. Moins de deux ans après avoir perdu sa jambe gauche à la suite de blessures subies lors de l'explosion de son blindé sur une mine artisanale, le militaire se prépare à s'envoler de nouveau pour l'Afghanistan en novembre afin d'y terminer le travail qu'il y avait commencé.

Environ huit mois après son amputation, Simon Mailloux... (Photothèque, Le Soleil) - image 1.0

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Environ huit mois après son amputation, Simon Mailloux devenait aide de camp dans les bureaux de la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean.

Photothèque, Le Soleil

«J'ai toujours pensé que j'avais ma place sur le terrain parce que la mission canadienne n'est pas encore complétée. Il y a encore plusieurs Québécois là-bas qui passent de durs moments et c'est mon devoir d'y retourner si je suis encore capable de le faire», expliquait mardi le capitaine Mailloux en entrevue au Soleil.

En fait, selon la lieutenant de vaisseau Michèle Tremblay, qui partira en Afghanistan en même temps que lui, le capitaine Mail­loux serait le premier soldat de l'histoire militaire canadienne à retourner en zone de combat après avoir subi une amputation. «D'autres militaires canadiens ont réintégré l'armée après une amputation, dont le plus célèbre est probablement Georges Vanier qui avait perdu une jambe durant la Première Guerre mondiale et qui a occupé par la suite des fonctions au Canada, mais je serais vraiment le premier à retourner au front. Les avancées technologiques permettent maintenant de le faire», explique le solide gaillard dont la jambe gauche a été amputée en dessous du genou et qui se déplace maintenant avec l'aide d'une prothèse.

C'est le 16 novembre 2007, alors que Simon Mailloux participait à une mission visant à établir un poste de police afghan, que le blindé dans lequel il prenait place a roulé sur un engin explosif artisanal 15 minutes après avoir quitté la base opérationnelle avancée de Ma'sum Ghar, 40 kilomètres à l'ouest de Kandahar.

Le caporal Nicolas Raymond Beauchamp, de Pont-Rouge, et le soldat Michel Lévesque fils, de Rivière-Rouge, ainsi que leur interprète afghan ont perdu la vie dans la déflagration, alors que Simon Mailloux, qui portait alors le grade de lieutenant, et deux autres frères d'armes ont subi de graves blessures.

Retourner là-bas

«Après l'explosion, le major m'expliquait ce qui s'était passé et, dès ce moment, je lui avais demandé si j'avais des chances de pouvoir retourner en Afghanistan», se souvient le capitaine Mailloux. Dès les premiers instants suivant la tragédie, il pensait donc déjà à ce moment qu'il vivra dans quelques semaines. «Je n'étais pas conscient de mes blessures. Dans ma tête, j'étais prêt à revenir au combat la semaine suivante!»

En plus d'avoir perdu le tibia de sa jambe gauche, le soldat a eu la mâchoire et le tibia de la jambe droite fracturés, ainsi que de nombreuses blessures moins importantes résultant des fragments projetés par le souffle de l'explosion. Il a dû subir quatre opérations.

Sa guérison a été rapide, de sorte qu'il a pu reprendre un travail administratif dans l'armée à raison d'une journée par semaine en février 2008. Cinq mois plus tard, il devenait aide de camp de la gouverneure générale, Michaëlle Jean. Fait à noter, Georges Vanier avait lui aussi occupé ces fonctions auprès du gouverneur général Julian Hedworth George Byng avant d'être nommé à ce poste 38?ans plus tard.

Le capitaine Mailloux identifie deux grandes étapes dans sa réadaptation. «Il y a la réadaptation civile, à travers de laquelle toute personne qui subit une amputation doit passer : réapprendre à marcher, à prendre sa douche.

«L'étape suivante, c'est de redevenir un militaire : réapprendre à porter des bottes de combat, à marcher dans la chaleur et refaire les tests physiques pour répondre aux standards de l'armée», dit-il.

C'est d'ailleurs avec une grande fierté qu'il déclare qu'il n'a eu droit à aucun «accommodement raisonnable» lors de ces examens, et ce même s'il est amputé. «On se le doit. Si un collègue est dans la tranchée avec moi, il faut qu'il soit capable de faire le travail.»

Tests physiques

Avec sa prothèse, il a marché 13?kilomètres en deux heures 22?minutes avec un poids de 60 livres, marché 100?mètres en avec quelqu'un sur son dos et creusé une tranchée, des tâches que plusieurs civils auraient peine à accomplir sur deux jambes. Il a aussi bouclé les cinq kilomètres de la course de l'armée en 33 minutes.

«Je sais que je ne suis pas au même niveau physique que lors de mon premier déploiement. Mes 13?kilomètres, je les faisais beaucoup plus vite à l'époque, mais je sais que je réponds encore aujourd'hui aux exigences de l'armée et que je peux faire le travail qu'on attend de moi», conclut-il.

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