Sortir de l'ombre l'histoire des Noirs

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Le rappeur Webster, Ali Ndiaye   ... (Photothèque Le Soleil)

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Le rappeur Webster, Ali Ndiaye

Photothèque Le Soleil

 

Frédéric Denoncourt
Le Soleil

(Québec) Pour assurer une intégration pleine et entière des immigrants, on doit sans plus tarder «réhabiliter notre histoire» et enseigner aux jeunes générations que les Noirs, par exemple, sont présents au Québec depuis les débuts de la colonie, dit le rappeur Webster, alias Ali Ndiaye.

L'artiste hip hop s'exprimait hier à l'occasion de la conférence sur l'immigration À la rencontre de l'Autre : Québec une ville en mutation organisée par la chaire publique de l'Université Laval. Prenant le contrepoint des partisans d'un «nous» à saveur ethnoculturelle, l'homme de 30 ans, né d'une mère québécoise et d'un père sénégalais, livre un plaidoyer pour la reconnaissance d'une histoire métissée dès ses origines. «Mathieu Da Costa, un Noir africain, a été l'interprète de Samuel de Champlain. C'est extraordinaire, mais on ne nous l'apprend pas. J'ai étudié en histoire à l'université, et on ne m'a jamais dit ça.»

Pour Webster, cette méconnaissance d'une part de notre héritage et de notre histoire pousse certains à ne pas reconnaître les immigrants ou leurs descendants nés ici comme des concitoyens à part entière. «Qu'est-ce qu'on veut dire par nous?» Moi, parfois, j'ai l'impression de ne pas être inclus dans ce nous. Alors quand on me demande d'où je suis, je réponds : ?de Limoilou?.»

«Olivier Le Jeune, arrivé en 1629, fut le premier Noir résidant de Québec, et on n'en parle pas dans les livres d'histoire. Pourquoi n'a-t-il pas une rue à son nom? Le Québec est une nation métissée. L'identité québécoise est en constante mutation. Le Québécois de 1626 n'était pas celui de 1722 ou 1839. Je ne vois pas pourquoi on devrait figer l'identité québécoise dans le temps», ajoute celui qui se dit «Sénéqueb-métisse-pur-laine.»

À Québec en particulier, le profilage racial qui touche les jeunes est de loin le problème le plus chaud. «Chez les plus vieux, ce sont les questions de logement et de travail. Si tu savais le nombre de gens qui sont partis de Québec à cause de ça. Les gens de mon âge, on est les premiers à décider de rester.»

Mais le racisme ou la xénophobie ne sont pas propres aux Blancs ou aux Occidentaux, insiste Webster, qui dit vivre du rejet dans le pays d'origine de son père. «Au Sénégal, on me voit comme un blanc; ici, comme un noir. Tout ça fait que je me sens terrien avant tout.»

Si tout n'est pas parfait, les choses évoluent et c'est l'essentiel. Et puis Québec a des forces. «La ville n'a pas encore de ghettos chinois ou jamaïcains. On voit encore des Bosniaques, des Algériens et des Congolais marcher dans la rue et rigoler. Je trouve ça extrêmement intéressant. Il faut trouver des points de rassemblement ensemble, le hip hop par exemple. Surtout, il ne faut pas laisser les niaiseux et les ignorants parler plus fort que les gens intelligents.»

L'immigration a augmenté de 30 % à Québec de 2001 à 2006, mais elle demeure ethniquement moins diversifiée que Sherbrooke ou Régina, des villes moins populeuses.

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