Au sens de l'article de la Loi sur la paix et le bon ordre, introduit au printemps dernier, même un travailleur de rue peut, s'il est trouvé fautif par un policier, récolter une amende atteignant 210 $ avec les frais. L'incongruité aux yeux du président et directeur général de Point de repères, Mario Gagnon, met en péril son programme de distribution de seringues stériles.
«Ça va probablement créer une situation pire que celle qu'ils veulent éviter», déplore-t-il, précisant que l'organisme paierait si l'un de ses travailleurs de rue était mis à l'amende. «Les gens se débarrasseront rapidement de leurs seringues après les avoir utilisées et on en retrouvera un peu partout dans la ville. Ça n'a pas de bon sens.»
Pire, croit-il, les consommateurs pourraient être tentés de réduire au maximum le nombre de seringues qu'ils utilisent, créant un risque plus élevé de propagation de maladies comme le VIH-sida, l'hépatite C et autres maladies transmises par seringues usagées.
Contradictoire?
À la Ville de Québec, le porte-parole François Moisan avouait que le règlement «pouvait paraître contradictoire», mais qu'il demeurait le meilleur moyen «sous le bon jugement de nos policiers pour contrer le fléau».
Il a rejeté l'argument voulant que la Ville ait adopté ce règlement en vue des célébrations du 400e, écartant en périphérie de la ville les problèmes liés à la consommation de drogues.
Le Service de police de la Ville de Québec n'a pas été en mesure de dire combien d'amendes de ce type avaient été données lorsque contacté par Le Soleil vendredi. Au moins une personne a remis une copie de sa contravention à l'organisme de M. Gagnon, qui entend se battre pour convaincre les élus de l'énormité du règlement.
Pour éviter de démobiliser ses travailleurs de rue, l'organisme de la rue Dorchester a assuré à ceux-ci qu'il paierait la contravention si l'un d'entre eux était mis à l'amende par la police.
Le règlement stipule qu'il «est interdit, dans un endroit public ou une rue, d'avoir en sa possession quelque objet, matériel ou équipement servant ou facilitant la consommation de stupéfiants [...] toute pipe à hash, bonbonne, balance portative, seringue et tout autre objet relié à la consommation de stupéfiants.»
Moins de seringues distribuées
Depuis le début de 2009, le nombre de seringues stériles distribuées par l'organisme a chuté de 5 à 10 %. Est-ce que la nouvelle réglementation est liée à la situation?
M. Gagnon n'ose pas avancer que c'est nécessairement le cas. Mais il souligne que la nouvelle réglementation n'incitera pas les consommateurs de drogues à se procurer des seringues stériles s'ils ne peuvent pas en traîner sur eux.
L'ancien conseiller du district des Faubourgs, Pierre Maheux, avait été sensibilisé au problème, mais le travail sera à recommencer pour M. Gagnon et son organisme. Il entend revenir à la charge rapidement lors des premiers conseils municipaux pour faire amender l'article du règlement.












