Âgée maintenant de 23 ans, la jeune femme suit une cure à Portage, un organisme de traitement contre la toxicomanie. Ses mains bougent nerveusement et elle a les yeux pochés d'une fille qui a trop manqué de sommeil. Assise dans un bureau du centre de jour de Portage sur la rue Saint-Joseph, elle décrit sans ciller au Soleil comment les drogues de synthèse l'ont ravagée.
Désintox à 14 ans
Karine aurait aussi pu parler du mush, du buvard, du pot, de la cocaïne de la free-base. À 14 ans, elle a fait sa première désintox. Depuis, sa vie a été une succession de nouveaux buzz et de rechutes. Son corps est devenu une sorte de laboratoire de drogues sans injection. Mais de toutes les drogues qu'elle a consommées, c'est contre la dépendance et les effets imprévisibles et à long terme du speed et de l'ecstasy qu'elle doit mener son combat le plus acharné. Quatre ans après avoir gobé son premier comprimé, Karine sait trop bien qu'on peut trouver n'importe quoi et visiter l'enfer dans ces boîtes à surprises que sont les drogues de synthèse, comme le confirmait Santé Canada et la Sûreté du Québec dans un rapport, lundi.
Boîte à surprises
Du temps où elle ingérait deux comprimés par jour et passait des nuits blanches à raver dans un théâtre abandonné de Donnacona, au comprimé qu'elle n'a pu s'empêcher de prendre mercredi passé en allant au Dagobert, «je ne savais jamais ce qu'il y avait dans les pilules, dit-elle. Ça dépendait vraiment de la batch qu'on avait. Un mois, t'étais vraiment gelé et il fallait que t'en prennes juste une, et l'autre, il fallait que t'en prennes plus parce que c'était pas assez fort».
Et à quelques reprises, les comprimés, frappés des logos comme On Star, Seven-up, Toyota ou Dove, ont mené Karine à l'hôpital. La dernière fois, c'était cet été. Alors escorte, la jeune femme avait reçu une dizaine de comprimés de speed et d'ecstasy d'un client. Après s'être chicanée avec un ex-copain, un soir, elle avait passé une semaine enfermée dans son appartement, à déprimer, à pleurer, à faire des crises de paranoïa, à entendre des voix et à se mutiler les bras.
«Je ne voulais pas vraiment mourir, dit-elle. C'était plus de l'attention que je voulais. C'était une façon de dire : ''Aidez-moi!''» Même à jeun, la psychose a continué. Karine a fini par se rendre elle-même à l'hôpital Saint-Sacrement, où elle a passé les trois semaines les plus dures de sa vie. «Ils me donnaient du siroquel [un antipsychotique] aux heures. J'essayais d'appeler plein de monde et il n'y avait personne et là je pleurais parce que je me disais que j'étais toute seule. Les infirmiers capotaient, je me réveillais, je pleurais, je me rendormais, je repleurais.»
Depuis qu'elle est sortie de l'hôpital, Karine fréquente le centre de jour de Portage et elle prévoit bientôt rester à temps plein dans un centre de désintox des Laurentides. Elle espère qu'elle s'en sortira un jour. Et elle n'a pas de conseils à donner à ceux qui croient qu'il n'y pas de danger à prendre un speed ou une ecstasy de temps en temps. Son histoire suffit.













