Deux jeunes bravent un incendie: «Pareil comme dans les films»

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Jeudi soir, Olivier Mayrand et Jordi Gardon ont... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Jeudi soir, Olivier Mayrand et Jordi Gardon ont reçu des certificats de reconnaissance de la part du Service de protection contre l'incendie de Québec, à l'occasion de la cérémonie d'assermentation des nouveaux pompiers de Québec.

Le Soleil, Steve Deschênes

Samuel Auger
Le Soleil

(Québec) Dans la nuit du 23 au 24 juin, Jordi Gardon et Olivier Mayrand rentrent de la Saint-Jean. Bien calés dans un autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC) à 4h du matin, un verre dans le nez; l'âme en paix, roulant sur le boulevard Père-Lelièvre après la fête sur les Plaines. Mais c'était avant qu'ils ne tombent devant un immeuble en proie aux flammes... et connaissent les minutes les plus trépidantes de leur vie.

«Hey, le chauffeur est pu là!» Jordi, âgé de 18 ans à l'époque, se souvient des moindres détails de cette intense nuit. L'autobus plein à craquer dans lequel il prenait placeavec son ami Olivier, 19 ans, venait d'arrêter brusquement. Les comparses se précipitent aussitôt à l'extérieur. Devant leurs yeux, le chauffeur qui appelle les secours - et un quadruplex attaqué de toutes parts par les flammes.

«L'autobus s'est vidé d'un coup, raconte Jordi. Il y avait de grosses flammes partout qui sortaient des apparts, le chauffeur a regardé tout le monde et a dit : ?moi, je repars!'' Tu sentais l'incendie, tu le voyais, mais il n'y avait personne qui sortait du bloc! Et ça avait l'air d'être en feu depuis un bout de temps.» Peu importe leur état - «quand l'adrénaline embarque, il n'y en a pu d'effet d'alcool!-, ils foncent. «En avant, c'était le feu, alors on s'est garroché à l'arrière.»

L'autobus et ses fêtards quittent les lieux. Aucune trace des secours. Il ne reste qu'Olivier, Jordi et quelques amis, qui resteront devant l'immeuble pendant que les deux jeunes se précipitent... en plein coeur du brasier.

«Je suis rentré, et j'entendais les poutres craquer autour de moi. J'ai entendu une explosion, pareil comme dans les films», se remémore Olivier. Premier appartement : une femme dans la quarantaine se tient debout. Le regard fixe. État de choc. «La madame n'était pas là du tout. Les flammes étaient à deux pieds d'elle, et elle ne bougeait pas. On l'a agrippé par le bras et on l'a sorti de là.»

Résidants en panique

Un quadruplex. Trois autres occupants... sinon plus. La chaleur monte, la fumée s'accumule. Le deuxième locataire, ironiquement, grillait une cigarette sur son divan. Il a fini par suivre Olivier et Jordi, réalisant l'ampleur du danger.

Arrive cette dame en panique, qui dit chercher son enfant. Olivier et Jordi ne trouveront jamais le gamin, mais ils apprendront à la fin de l'aventure que celui-ci se trouvait chez son père pour la nuit. Gros soulagement. Du coin de l'oeil, Jordi aperçoit une bonbonne de propane de BBQ et s'imagine une explosion du tonnerre. Il l'écarte des flammes.

Un logement demeure. Ils cognent frénétiquement à la porte : aucune réponse. Les locataires, deux aînés, dorment. Ils finissent par ouvrir l'oeil. «C'était la nuit de la Saint-Jean, et deux ados frappent comme des fous à leur porte. Ils pensaient qu'on était là pour foutre le trouble», explique Jordi. La persuasion porte fruit, et les deux personnes âgées ouvrent leur porte. Jordi et Olivier les aident à ramasser à toute allure quelques trucs personnels et filent à l'extérieur.

De gros risques

Tout le monde est sauf. Les héros de la Saint-Jean retrouvent leurs amis secoués devant l'immeuble. Fin d'un petit épisode de bravoure nocturne. «Les pompiers sont arrivés et on avait fini de sortir le monde. Et là, on a vu sept camions de pompier et deux ambulances», dit Olivier. «Olivier et moi, on s'est fait un câlin, on s'est dit bravo, on a pogné nos vestes et on s'est dit : ?on s'en va!''», se rappelle Jordi, encore un peu incrédule.

Policiers et pompiers ont bien sûr insisté pour obtenir leurs versions des faits entre deux séances de félicitations. «Ce que les policiers nous ont dit, c'est : ?Nous, on n'aurait jamais pu faire ce que vous avez fait. Pas sans connaître les risques à l'intérieur''.»

Bravoure ou témérité insouciante? Il est dépassé 5h, et les jeunes hommes n'ont pas eu droit à leur poutine vers laquelle ils se destinaient. Ils rentrent à la maison, avalent quelques crêpes et plongent dans la piscine. L'adrénaline dans le sang, ils ne réalisent pas ce qu'ils viennent de vivre. «Mais quand on est rentré à l'intérieur de la maison, tout le monde braillait. Ils avaient eu peur. Là, on a compris», laisse tomber Jordi.

Jeudi soir, Jordi Gardon et Olivier Mayrand ont reçu des certificats de reconnaissance de la part du Service de protection contre l'incendie de Québec, à l'occasion de la cérémonie d'assermentation des nouveaux pompiers de Québec. Un autre citoyen de Québec, Marc Poiré, a également reçu cet honneur. Il est entré dans une résidence en flammes pour tenter de secourir une personne, malheureusement décédée. D'ailleurs, le service pourrait bien compter un nouveau membre un jour, alors qu'Olivier avait justement en tête de devenir... pompier.

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