Anne Sigier honorée par Benoît XVI

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Anne Sigier : «Ça n'a pas été facile... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Anne Sigier : «Ça n'a pas été facile au début, c'était dur. Mais on a été tellement bien accueillis par les Québécois!»

Le Soleil, Patrice Laroche

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Mardi, au nom de Benoît XVI, le cardinal Ouellet vous remettra la médaille Pro Ecclesia et Pontifice. Quelle est la signification de cette distinction?

R  C'est la plus haute distinction qu'un laïc puisse recevoir pour services rendus à l'Église. C'est le souverain pontife qui donne cette médaille et elle est remise par le nonce et le cardinal.

Q  Quels services avez-vous rendus à l'Église?

L'Église exprime sa reconnaissance pour mon oeuvre d'éditrice de livres religieux.

Q  Le 8 décembre, les catholiques célèbrent l'Immaculée Conception. Pour vous, cette date a une signification particulière. Laquelle?

R  Le 8 décembre 1972, en pleine tempête de neige, je débarquais à Dorval avec mon mari et mes quatre enfants, quatre adolescents de 12, 13, 14 et 15 ans.

Q  Que veniez-vous faire ici?

R  Je venais m'établir au Québec, envoyée par l'éditeur français Aufadi.

Q  Racontez-nous ça.

R  Dans le nord de la France, où je vivais, j'enseignais la catéchèse à l'école de mes enfants. L'éditeur Aufadi nous avait recommandé les livres de la collection Aujourd'hui la Bible. J'en avais parlé autour de moi et j'y croyais. Cela a tellement bien marché que le grand patron d'Aufadi, M. Secrétan, m'a offert d'aller passer trois semaines au Canada avec deux livres de cette collection.

Q  Qu'espériez-vous en venant ici?

Je ne savais pas. Je suis arrivée à Québec en août 1972 et j'ai été accueillie par le père Évode Beaucamp, un franciscain qui enseignait à l'Université Laval. Je me suis installée au YMCA et j'ai fait le tour des communautés religieuses, des groupes de catéchèse.

Q  Ces livres, Aujourd'hui la Bible, ont-ils eu du succès?

R  Oui, beaucoup. Alors, Aufadi m'a renvoyée trois fois trois semaines au Québec. Et puis, à la demande de M. Secrétan, j'ai accepté de venir m'établir ici.

Q  Vous avez tout laissé derrière vous, en France, pour venir vous installer ici avec mari et enfants et faire du porte-à-porte pour un éditeur de livres religieux français?

R  Oui, c'est bien ça. On a tout quitté sans savoir où on allait. Mon mari, Jacques, m'a fait confiance. Mes enfants aussi. Mais on a été tellement bien accueillis par les Québécois!

Q  Pratico-pratique, comment ça s'est passé?

Ça nous prenait un logement. J'avais loué un petit chalet en bois en face du lac Beauport. Quand nous sommes arrivés à Québec, la communauté qui m'avait accueillie pendant l'été nous attendait. Une trentaine de personnes nous attendaient!

Q  Quelle était cette communauté?

R  La communauté d'Argenteuil, à Charlesbourg. C'était une communauté d'étudiants et de prêtres. Quand nous sommes arrivés au chalet, au lac Beauport, ils avaient rempli le frigidaire, fait les lits, organisé une petite fête.

Q  Cela n'a pas dû être facile, au début?

R  C'était dur, très dur. J'étais payée à la commission. Pendant trois ans, j'ai fait du porte-à-porte. Mon mari aussi. Et puis en 1976, le sous-sol du bureau de poste du lac Beauport où j'entreposais mes livres a été inondé. J'ai tout perdu. Et les assurances n'ont rien voulu payer : «Act of God», disaient-ils.

Q  L'échec est devenu un tremplin. Racontez-nous.

R  Les assurances n'ont rien payé, mais le Québec nous a indemnisés. Nous avons reçu un chèque de 13 000 $. À Paris, Aufadi avait fait faillite. Ils nous ont envoyé un container de livres. Ils nous les ont donnés. Les Éditions Anne Sigier ont commencé comme ça. Le chèque du gouvernement et le container de livres.

Q  Quel a été le premier livre que vous avez édité?

C'était un petit livre du père Évode Beaucamp, Les psaumes d'Israël.

Q  Pourquoi vouliez-vous devenir éditeur?

R  J'avais entendu les besoins des gens, leur attente, et je savais que je pouvais rencontrer des auteurs. J'avais écrit à Jean Vanier pour lui demander d'expliquer le message de Jésus en 100 phrases. Jean Vanier a répondu oui, mais à deux conditions : que le livre soit beau et qu'il soit abordable aux plus pauvres. J'ai fait un livre de 120 pages vendu au prix de 7 $. Ce livre, Je rencontre Jésus, a été tiré à 500 000 exemplaires et traduit en 17 langues. C'est un livre qui nous a amené énormément de clients.

Q  Y a-t-il eu un autre livre marquant?

R  Oui, le deuxième livre qui nous a fait connaître est Le nouveau testament. Pour faire ce livre, je me suis entendue avec des communautés religieuses : elles payaient l'impression et moi, je donnais le livre.

Q  Ça vous a rapporté quoi?

Rien, en termes d'argent. Mais, avec ça, on a gagné notre nom!

Q  Vous vous êtes retirée des affaires, cet été, et vous avez vendu votre maison d'édition à Médiaspaul. Un premier bilan?

Nous avons publié 500 titres. Notre maison a «exporté» la pensée de nombreux auteurs québécois, par exemple le père Yves Girard, le Dr Ayoub, André Daigneault - qui sont maintenant des conférenciers appelés en France -, et nous avons ouvert les portes à des auteurs européens, moins connus ici au départ, et très recherchés aujourd'hui. Par exemple, Maurice Zundel, Dom Guillaume, le père Boulad, Mgr Rouet, et particulièrement les auteurs de La Bible chrétienne, dont le cardinal... Ratzinger.

Q  Avec une douzaine d'employés, les Éditions Anne Sigier était une entreprise familiale. Quelle a été la clé de votre succès?

R  L'écoute a beaucoup servi ma profession, la force de l'équipe -familiale et professionnelle - également. Bien sûr, notre priorité est demeurée la diffusion de la parole de Dieu, mais nous avons aussi publié des auteurs qui ouvrent le coeur à la mémoire, aux valeurs laissées par les ancêtres, par exemple Thérèse Sauvageau, qui exprime tout cela à travers ses peintures et à travers ses textes.

Q  Avez-vous été un patron exigeant?

R  Je n'étais pas un patron exigeant, j'étais un patron très exigeant pour donner ce qu'il y a de meilleur. Un auteur m'a dit : «Vous êtes la plus emmerdante des éditrices, mais celle que j'aimerais le moins perdre.»

Q  Bel hommage. Qui était-ce?

R  Olivier Dassault.

Q  Le constructeur aéronautique, le propriétaire du journal Le Figaro?

Lui-même.

Q  L'édition de livres religieux est-elle une activité payante?

L'édition religieuse n'est pas ce qui rapporte le plus parce que nous étions obligés de réduire nos marges.

Q  Une dernière question : quel livre fut le pilier des Éditions Anne Sigier?

Aujourd'hui la Bible de Dom Claude Jean-Nesmy, de l'abbaye bénédictine de la Pierre-qui-Vire, et de mère Élisabeth de Solms, de l'abbaye bénédictine de Sainte-Cécile de Solesmes. En tout, cinq coffrets qui présentent tous les com­mentaires des pères de l'É­glise sur chaque verset de la Bible. Nous avons publié le premier coffret il y a 20 ans et le dernier, en juin.

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