«Tous les joueurs sont perdants», lance Alain Dubois, expert en jeu pathologique, et très impliqué au sein de l'organisme EmJEU (éthique pour une modération du jeu). «Une entente pitoyable», commente-t-il. Il n'en revient tout simplement pas que les joueurs, par cette entente, reconnaissent que les appareils de loterie vidéo (ALV) ne causent pas le jeu pathologique. Or, l'un des buts premiers du recours collectif était de faire reconnaître la dangerosité de ces appareils, analyse M. Dubois.
Tous les experts s'entendent pourtant pour dire que les ALV sont responsables de la presque totalité des dépendances au jeu, selon M. Dubois. Loto-Québec s'engage à rembourser le coût des thérapies suivies par les joueurs pathologiques, peu importe la cause de la pathologie. Une belle façon de dire que les ALV sont ni plus ni moins dangereux que les autres jeux de hasard, de commenter M. Dubois.
Des joueurs qui ont témoigné dans le contexte du recours collectif, et qui préfèrent garder l'anonymat tant que le contenu du projet n'aura pas été officiellement dévoilé vendredi prochain, acceptent mal que Loto-Québec ne reconnaisse aucune faute. Certains promettent de se présenter devant le juge qui doit entendre les membres du recours collectif avant d'entériner l'entente.
Loto-Québec s'engage à rembourser les frais de thérapie déboursés entre 1994 et 2002, s'il s'agit d'un traitement offert par un professionnel de la santé et reconnu selon les normes du ministère de la Santé et des Services sociaux. La majorité des traitements offerts avant 2002 ne répondent pas à ce critère, affirme M. Dubois.
S'ajoute le fait que peu de joueurs pathologiques ont payé de leur poche leur thérapie. «Quand un joueur se présentait chez nous pour une thérapie, il avait déjà tout perdu, il n'avait pas les moyens de payer», de dire Lynda Poirier.
La directrice générale de la maison de thérapie La Casa, à Saint-Augustin, estime qu'un joueur sur 10 payait lui-même son traitement. Grâce à différents programmes de financement, La Casa pouvait se permettre d'offrir gratuitement le traitement à trois joueurs sur 10, de préciser Mme Poirier.
Les autres joueurs bénéficiaient d'un programme d'aide aux employés de leurs entreprises, ou d'un remboursement par une compagnie d'assurance.
Claude Bilodeau, ex-joueur dont une maison de thérapie en Beauce portant son nom a aidé les accros du jeu de 1999 à 2002, exprime sensiblement le même point de vue. «Un joueur pathologique ne possède pas 2500 $ pour se payer une thérapie», dit-il.
Les réclamations à Loto-Québec ne seront pas très nombreuses, selon cet ex-joueur qui a suivi une thérapie à La Casa en 1996. «Peut-être que je pourrais me faire rembourser», laisse-t-il tomber.
Jean Brochu, le représentant des joueurs compulsifs dans ce recours collectif, s'est dit lié par une entente de confidentialité qui lui interdit de commenter l'entente à l'amiable tant qu'elle ne sera pas entérinée par le tribunal.
Même réserve du côté du ministre de la Santé et des Services sociaux. En marge d'une conférence de presse sur la grippe
A (H1N1), Yves Bolduc a refusé de commenter cet accord à l'amiable parce que le dossier est toujours devant les tribunaux.
Très déçu pour les joueurs, Alain Dubois a eu cette pensée : «La machine à sous a rapporté aux avocats.»












