«Combattre l'étalement urbain et améliorer la qualité de vie : Vancouver a prouvé que c'était possible.» À 40 ans, Brent Toderian est déjà le grand urbaniste en chef de la métropole. Il hérite d'une ville côtière avec à son actif bon nombre de décisions radicales, tels le rejet catégorique des autoroutes dans les années 60 ou la densification massive après l'Expo universelle de 1986. «Tout ça était vu comme contre-productif, raconte Brent Toderian. Mais aujourd'hui, ce qu'on réalise, c'est que si vous avez densifié intelligemment, avec un design attrayant, et que vous augmentez les services à la population, les gens se ruent vers le centre-ville.»
Vancouver a fait ses choix. Le roi et maître : le piéton, qui bénéficie de trottoirs disproportionnés et d'une priorité absolue dans la jungle urbaine. Suivent dans la hiérarchie : les vélos, les véhicules d'urgence, le transport en commun et l'automobile, parent pauvre de la cité. «Pourtant, nous sommes la seule ville en Amérique du Nord à avoir réduit le temps de déplacement entre la banlieue et le centre-ville.»
La densité dans la peau
Brent Granby est un urbain dans l'âme. Son petit appartement donne sur Stanley Park, le joyau naturel de la ville. Le condo est coincé dans une grande tour résidentielle, comme on en trouve des dizaines aux abords du Pacifique. Autour de son chez-soi, des maisons cordées les unes sur les autres. La densité urbaine, il la voit, la sent, la respire. Et vous ne trouverez pas plus heureux que Brent Granby dans cette masse citoyenne. «Vous pouvez marcher, travailler et tout faire dans ce quartier», explique ce résidant du West End, symbole par excellence de la cité compacte.
On trouve de tout dans le petit univers de Brent. Cafés, restaurants, marchés... même une patinoire. Son Community Centre, poumon du quartier, relie sous le même toit un gym, une garderie, une école primaire et des locaux pour activités sociales. «Ici, c'est le noeud du réseau. Tout le monde s'y retrouve, du berceau jusqu'à la tombe.»
Brent Granby est président de l'Association des résidants du West End. Il se souvient de la forte résistance de ses concitoyens lors des premiers pas vers une densification. «Même ici, il y a eu et il y a encore de la grogne. Mais les gens comprennent que lorsque tu fais de la densification de la bonne manière, ça apporte un tas de services de proximité.»
Barricade contre l'auto
Sillery n'est pas le seul coin de pays à se battre contre le trafic de banlieusards astucieux en quête d'un raccourci à l'heure de pointe. Dans le West End, on a sorti l'artillerie lourde pour étouffer le phénomène. Pas de dos-d'âne. On a plutôt... fermé les rues! Des tronçons de route soigneusement sélectionnés d'une centaine de mètres ont ainsi été convertis en un mélange étonnant de verdure et d'asphalte. Pour piétons et cyclistes seulement.
À cette transformation radicale s'ajoute une panoplie de détours, sens uniques et bornes de déviation complexes. «Quand tu déménages ici, note Brent Granby, ça peut te prendre trois ou quatre ans pour comprendre comment circuler dans le quartier!» Le résultat? Un agréable silence le matin à l'heure critique...
Le jeu du refus immobilier
Le secret de la réussite vancouvéroise tient, ironiquement, à sa grande obstination à refuser des projets. «Non. C'est le mot plus important dans le développement de Vancouver», blague Dwayne Drobot, urbaniste à l'hôtel de ville. Au lieu de céder aux demandes des promoteurs, on fait monter les enchères. Un petit jeu extrêmement payant. Vous souhaitez construire une tour résidentielle? Parfait. Mais annexez-y - à vos frais - un marché au rez-de-chaussée ou un centre communautaire. Et pourquoi pas une galerie d'art contemporain? «C'est le principe du compromis, explique Dwayne Drobot. Quiconque construit ici doit léguer quelque chose de tangible au quartier.»
La fusion est à la mode sur la péninsule. Condos, commerces et services de proximité cohabitent étroitement. Sans gêne. Quitte à bousculer au passage les règles de zonage. «À Vancouver, on est prêt à bâtir du résidentiel sur à peu près n'importe quoi», glisse Dwayne Drobot en montrant du doigt les lumières tamisées des salons des Vancouvérois au-dessus des commerces de quartier. Des signes de vie nocturne que l'on trouve également aux étages supérieurs des bannières comme McDonald's, Canadian Tire et Home Depot. Des centaines de condos ont même poussé sur les toits d'un concessionnaire automobile... et d'un Costco, le géant du vrac - et des stationnements à perte de vue. De la densité audacieuse. Sans se priver des grandes surfaces.











