Urbanisme à Vancouver: un train au-dessus de la mêlée

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Samuel Auger, collaboration spéciale
Le Soleil

(Vancouver) Les adeptes du transport en commun regardent de haut les automobilistes. Littéralement. Chaque jour, plus de 350  000 passagers grimpent à bord du SkyTrain, un train léger qui relie - dans les airs - les points névralgiques de la métropole. Les touristes admirent les sommets enneigés de la côte Ouest pendant que les travailleurs arrivent au boulot dans un temps record.

«C'est la Cadillac de la mobilité.» Doug Kelsey ne tarit pas d'éloges sur sa voie ferrée suspendue. De son bureau, le pdg de SkyTrain a une vue imprenable sur son réseau. Un amas de rails, de wagons et de poutres qui s'élèvent vers le ciel.

L'infrastructure aérienne éton­ne. Pourquoi un train prend-il racine dans le ciel... en banlieue profonde? Héritage de l'Expo universelle de 1986 (et étendu en 2000 et 2009), le réseau a fait ses preuves. «Avec le temps, c'est devenu une décision exceptionnellement bonne, insiste Doug Kelsey. Cette année, nous générerons des revenus équivalents à 170  % de nos coûts d'exploitation. Notre grand avantage, c'est d'avoir un corridor réservé.»

Un paysage transformé

Le SkyTrain roule à un train d'enfer. La nouvelle ligne inaugurée il y a quelques semaines en prévision des Olympiques est saturée. De nouveaux wagons sont en route. Et quand le train surélevé passe dans un quartier, il laisse des traces considérables. Le prix des terrains près du corridor ferroviaire a explosé de 628  % dans la décennie suivant sa mise en place. À Burnaby (banlieue est), quelques maisons éparpillées ont cédé leur place à Metropolis, le plus grand centre commercial au pays après le West Edmonton Mall.

La mutation sociale est profonde. «Quand je suis arrivé ici, New Westminster [banlieue sud-est] avait des prostitués, de la drogue. C'était une zone de guerre, se souvient Doug Kelsey. Je n'étais pas fier d'aller dans ce coin-là. On a incité des promoteurs à investir, ils ont mis près d'un quart de milliard en développement. Les seringues sont parties, et les prostituées aussi. Les gens y habitent et sont fiers.»

La banlieue a changé de visage. La densité urbaine s'est expatriée. À North Vancouver, les tours résidentielles et les maisons de ville hyper compactes pullulent. Elles donnent sur le traversier, lui-même raccordé aux stations de SkyTrain. North Vancouver est aujourd'hui la banlieue la plus densément peuplée de la Colombie-Britannique. À l'est, Burnaby a montré la voie. À deux pas du quai, les promoteurs de City in the Park ont érigé sept imposantes tours résidentielles. Jardins luxuriants, parc de 16 acres, marché indépendant et station de train  : tout cela visible à partir du balcon des néobanlieusards.

Inquiet du climat nordique? Le SkyTrain survit à la neige - bien que ralenti. Mais il coûte cher. Moins qu'un métro... mais plus qu'un tramway. «C'est un système à haut débit. Ne le bâtissez pas à des endroits où il n'y a pas de densité. Ce sera un échec lamentable.» La mise en garde est faite.

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