De passage devant la Commission parlementaire sur le droit de mourir dans la dignité, le Dr L'Heureux est clair : l'euthanasie et le suicide assisté ne sont pas la solution.
«On n'a pas besoin de l'euthanasie pour mourir dans la dignité au Québec», tranche celui qui dirige la résidence de soins palliatifs de Sillery depuis 10 ans. «L'euthanasie est exclue dans nos murs», ajoute le Dr L'Heureux, pour qui permettre aux médecins d'accélérer la mort d'une personne malade serait un «constat d'échec».
Un échec pour la valeur qu'on donne à la vie, dit-il en substance. Mais aussi un échec pour toute l'approche des soins palliatifs, une discipline jeune et en pleine évolution.
«Ça briserait l'élan que connaissent présentement les soins palliatifs», a ajouté le Dr L'Heureux en marge de sa présentation aux élus, mercredi midi.
La région de la Capitale-Nationale comptait 35 lits en soins palliatifs en 2007, contre 72 aujourd'hui. Un nombre qui inclut les 15 lits de la Maison Michel-Sarrazin, un établissement privé qui accueille depuis 25 ans des gens atteints de cancer.
Une bonne hausse, mais toujours insuffisante à l'heure où tous les mourants n'ont pas accès à cette approche qui est plus qu'une simple gestion de la médication pour soulager de la souffrance physique, dit-il.
«Les soins palliatifs, ce n'est pas seulement un lit où l'on "parque" les personnes, illustre le Dr L'Heureux. Il y a aussi une "pensée palliative".»
Au lieu de réfléchir à légaliser à l'euthanasie, mieux vaut donc donner des ressources pour former des médecins, des infirmières et divers intervenants à donner une meilleure qualité de vie à une personne mourante et à ses proches, croit fermement le Dr L'Heureux, aussi président du Comité régional en soins palliatifs.
Au-delà de son plaidoyer en faveur des soins palliatifs, le Dr L'Heureux a aussi fait part aux parlementaires de ses craintes de voir l'euthanasie devenir une solution facile. «La légalisation pourrait créer une pression sociale chez les gens qui ont peur de devenir un fardeau. Il y a un danger de grandes dérives», dit-il.
De plus, estime le directeur de la Maison Michel-Sarrazin, les seules notions de fierté, du droit individuel ou la position de ceux qui sont en faveur de la «primauté du moi» ne doivent pas dicter les choix collectifs.
«Leur donner raison, revient dans le fond à les laisser imposer à toute la société la définition de ce qu'est la dignité humaine.»
La Commission sur le droit de mourir dans la dignité se poursuit aujourd'hui. L'objectif est de contribuer à la rédaction d'un document qui servira de guide à une consultation publique prévue pour la fin de l'été.
Encore les termes!
À l'instar de plusieurs experts entendus cette semaine par la Commission parlementaire sur le droit de mourir dans la dignité, le Dr Michel L'Heureux a aussi insisté mercredi sur l'importance de bien définir les termes utilisés lorsqu'on parle de fin de vie. Une confusion règne dans le public et même chez certains médecins, dit le directeur de la Maison Michel-Sarrazin.
Il donne en exemple le fait que plusieurs personnes confondent l'euthanasie avec la sédation palliative, qui consiste à plonger le patient dans un sommeil profond. «La sédation palliative, qui est une action réversible, n'est pas de l'euthanasie déguisée. Ceux qui disent qu'il s'agit d'euthanasie lente ont tort», tranche-t-il. Une personne en sédation palliative vit en moyenne d'un à six jours, explique le Dr L'Heureux. «C'est la maladie qui entraîne la mort alors que pour l'euthanasie, la mort survient dans les minutes qui suivent.»














